«Quand on a 17 ans»: Le premier souffle de l’amour

Ici, deux ados, rivaux à l’école, se cherchent une définition d’eux-mêmes et un avenir possible.
Photo: TVA Films Ici, deux ados, rivaux à l’école, se cherchent une définition d’eux-mêmes et un avenir possible.

Arrimant son titre au premier vers du poème Roman de Rimbaud, On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, le cinéaste français André Téchiné ajoute une couche de poésie à un film sur l’adolescence revisitée avec le même bonheur qu’à travers ses inoubliables Roseaux sauvages, vingt ans plus tôt.

Cet âge entre deux eaux l’inspire, avec ses plages de découvertes, nourries de désirs voilés, de deuils maquillés, de pulsions obscures ; ceux-ci mariés à des paysages de montagnes grandioses qui rendent un peu dérisoires les passions humaines.

Les amours décrites dans Quand on a 17 ans sont placées sous l’angle d’une homosexualité née sur le terreau de la violence. Intimidation, rapport trouble aux parents, ce film aborde l’âge ingrat (et innocent) avec les thèmes d’aujourd’hui, dont une relation homosexuelle frontale à la crudité toute contemporaine.

Des scènes jadis reléguées au cinéma porno (Les roseaux sauvages impliquait l’opprobre social des amours gaies) se voient désormais inscrites au naturel dans le cours de la vie. Deux jeunes interprètes de talent : Kacey Mottet Klein et Corentin Fila, le premier rouquin bourgeois qui subit et désire, l’autre mulâtre adopté, issu d’un monde rural, objet des fantasmes, portent le film. Sa première partie, qui ne donne pas ses codes, apparaît particulièrement subtile et fluide, sur grand brouillage des pistes avec désirs en suspension dans l’air des montagnes et caméra magnifique de Julien Hirsch.

La très sensible Céline Sciamma (cinéaste de La naissance des pieuvres, de Tomboy, etc.) semble avoir beaucoup apporté à ce scénario écrit à quatre mains avec un Téchiné apparemment inspiré une fois de plus par sa propre enfance. Et sans moralisme d’aucune sorte, collés aux émotions, aux pulsions parfois énigmatiques de ces personnages, tous deux font évoluer l’action hors des cadres.

Ici, deux ados, rivaux à l’école — l’un frappe l’autre —, se cherchent une définition d’eux-mêmes et un avenir possible. Quand la mère cool du garçon intimidé (Sandrine Kiberlain, à la fois solaire et ambiguë) invite la belle brute à demeurer avec eux le temps d’une saison scolaire, la partie évolue et la violence se transforme en une attirance diffuse et mal nommée. Adoption, deuil, éducation : des sous-thèmes se greffent aux éveils sensuels. Mais tout est naissance et parcours initiatiques, tant pour les jeunes explorateurs de l’amour que pour la mère bientôt veuve d’un mari militaire (Alexis Loret, qui n’existe ici que sur Skype), dont la perte la propulse hors d’elle-même.

Ici, Téchiné ausculte son monde, malgré une certaine distance qui l’empêche de plonger au plus profond des tourments juvéniles, tout en les confrontant à un paysage majestueux et sublime, amarrant ses amours humaines à des dimensions qui les dépassent, comme si les montagnes devenaient des déesses à l’ombre desquelles tout est licite, tout est agréé, au passage de l’amour.

Quand on a 17 ans

★★★★

Drame initiatique d’André Téchiné. Avec Sandrine Kiberlain, Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret. France, 2016, 116 minutes.