Cinéma - Pèlerinage dans la mémoire de James Cross

Dans l'histoire du Québec contemporain, James Richard Cross reste à la fois un témoin privilégié, une victime des circonstances mais aussi un acteur muet. Il le serait demeuré n'eût été du souhait de Carl Leblanc de redonner la parole à cet attaché commercial britannique qui, en 1970, fut pendant huit semaines l'otage de Jacques Lanctôt et de sa cellule du Front de libération du Québec (FLQ).

Cross, que ses proches prénomment Jasper, a aujourd'hui 80 ans. Il coule des jours paisibles sur la côte anglaise du Sussex. Leblanc et son équipe ont fait le chemin pour le rencontrer, pénétré son cercle intime (sa femme et sa fille témoignent), recueilli ses confidences, avec une délicatesse et une simplicité admirables. À travers le point de vue de Cross, c'est toute la chronologie de l'épisode historique que Leblanc reconstitue à coups de paroles rarement ou jamais entendues et d'images d'archives rarement ou jamais montrées.

«J'aimerais ne jamais être passé à l'histoire», déclare d'entrée de jeu ce vieillard d'origine irlandaise, donnant du même souffle le ton doux-amer de ce pèlerinage historique et affectif dans un épisode qui a réduit le reste de son existence à une anecdote. Cross, de toute évidence, est conscient du devoir de mémoire, que son témoignage remplit. Lui-même a mis plusieurs années à la recomposer, et à se recomposer, en tant qu'individu. Sa mémoire, dit-il, ne lui appartient pas. Elle fait partie d'un «secret», d'une «fiction», d'un «mensonge». Trente ans après les événements, celui qui se dit «pour toujours le frère de Laporte» oppose sa lumière, sa vérité, partielle et subjective mais néanmoins précieuse et instructive.

Les cinéastes ont juxtaposé à son témoignage (ceux de son épouse, précieux, et de sa fille vont dans le même sens) la version de l'éditeur Jacques Lanctôt. Celui-ci ne contredit d'ailleurs en rien celle du principal intéressé, sinon qu'il l'éclaire, timidement et avec prudence, sous un autre angle. «On lui avait dit de ne pas s'en faire», se souvient Lanctôt au sujet de l'épée de Damoclès que le FLQ avait suspendue (publiquement, du moins) au-dessus de la tête de l'otage. «Je les hais autant aujourd'hui qu'il y a trente ans», rétorque ce dernier, pour qui l'épreuve s'est corsée avec la mort de Pierre Laporte et l'annonce de sa propre mort, dont il a été témoin en écoutant la télévision.

Leblanc assemble toutes les pièces de son histoire avec dextérité et patience, cueille délicatement (et sans rien froisser) les ironies, dont celle du témoignage de la fille de Cross: «Pour moi, le Canada est synonyme de mort», dit celle-ci avec émotion, rappelant à notre mémoire (la sienne est apparemment immunisée) les sanglantes guerres coloniales dont son pays s'est rendu responsable. Par ailleurs, dans un souci de contraste, d'équilibre et de beauté, Leblanc oppose aux nombreux clichés et extraits télévisuels en noir et blanc des prises de vue aériennes des pelouses émeraude du Sussex, pelouses que James Richard Cross foule chaque jour avec son épouse en remuant parfois ses noirs souvenirs.

Un film admirable, donc, que cet Otage qui nous laisse songeurs et vaguement émus. Devant le témoignage de Cross, qui, aux derniers instants du film, s'interroge sur les causes de sa survie, on ne peut pas s'empêcher de penser au personnage de Luc Picard, hanté par la même question dans 20h17, rue Darling. On sent que ces deux hommes auraient pu être cousins. Peut-être le sont-ils.

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L'Otage

Cinéma Parallèle (Ex-Centris) Jusqu'au 11 mars

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À l'affiche cette semaine

LE GOLEM DE MONTRÉAL

Québec, 2004, 95 minutes.

Comédie fantaisiste d'Isabelle Hayeur avec Zébulon Vézina, Réal Bossé et Lazlo Riccardi-Rigaud.

S'inspirant de la légende juive du golem, un géant d'argile auquel un rabbin a donné vie, un garçon de sept ans et ses deux amies utilisent une formule magique pour créer leur propre golem.

* V.o.: Place LaSalle, Quartier latin, Beaubien, Lacordaire, Langelier.

MIAOU! (Minoes)

Pays-Bas, 2001, 87 minutes.

Comédie fantaisiste de Vincent Bal avec Carice van Houten, Theo Maasen, Sarah Banner.

Le journaliste Tibber fait la connaissance de Mademoiselle Minoes, une chatte du voisinage ayant été mystérieusement projetée dans un corps humain. Grâce à elle, il obtient plusieurs scoops, révélés à la jeune femme par les autres chats de la ville.

* V.f.: Carrefour Angrignon, Parisien, StarCité, Versailles.

LA MORT SUSPENDUE (Touching The Void)

Grande-Bretagne-États-Unis, 2003, 106 minutes.

Docudrame de Kevin Macdonald avec Nicholas Aaron, Brendan Mackey, Joe Simpson, Simon Yates.

En 1985, au Pérou, la conquête du mont Siula Grande par deux alpinistes anglais a failli tourner à la catastrophe. Une reconstitution dramatique de ces événements, entrecoupée des témoignages des alpinistes.

* V.o.: Forum. * V.f.: Beaubien.

LA PASSION DU CHRIST (The Passion Of The Christ)

États-Unis-Italie, 2004, 126 minutes.

Drame religieux de Mel Gibson avec Jim Caviezel, Maia Morgenstern, Monica Bellucci.

Évocation des douze dernières heures de la vie de Jésus.

* V.o., s.-t.f.: Place LaSalle, Quartier latin, StarCité, Versailles.

* V.o., s.-t.a.: Carrefour Angrignon, Colisée Kirkland, Dorval, Paramount, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech.

PIÉGÉS (Decoys)

Canada, 2003, 99 minutes.

Drame d'horreur de Matthew Hastings avec Corey Sevier, Stefanie von Pfetten, Kim Poirier.

Des décès bizarres surviennent dans un collège, les victimes étant mortes de froid. Luke a de bonnes raisons de croire que les responsables sont deux séduisantes blondes, selon lui des extraterrestres.

* V.o.: Carrefour Angrignon, Paramount, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Spheretech.

* V.f.: Parisien, StarCité.