Avant d'être longs, ils étaient courts

Le réalisateur Jeremy Peter Allen s'apprête à boucler son premier long métrage, Manners Of Dying, d'après la nouvelle de Yann Martel, avec Roy Dupuis dans le rôle principal. Histoire de mieux faire connaître ce cinéaste de Québec, Antitube présente ce soir une sélection de ses meilleurs courts métrages.

C'est la troisième fois que le diffuseur de cinéma Antitube se prête à ce petit jeu. Ricardo Trogi (Québec-Montréal) et Francis Leclerc (Une jeune fille à la fenêtre) étaient aussi passés par là un peu avant la sortie de leur premier film en salle. Cette initiative a le mérite de souligner l'importance d'un premier long métrage tout en montrant bien que la vie d'un créateur ne commence pas là.

Âgé de 35 ans, Jeremy Peter Allen roule sa bosse dans le milieu du cinéma depuis une bonne dizaine d'années. En plus d'avoir réalisé neuf courts métrages, il a notamment travaillé au montage et au scénario des projets de plusieurs de ses collègues de la coopérative de cinéma Spirafilm et, plus récemment, il a été assistant à la réalisation de Robert Lepage pour La Face cachée de la Lune.

En dépit des nombreuses collaborations et influences qui ont jalonné son parcours, la rétrospective illustre de façon frappante la particularité de l'univers de Jeremy Peter Allen, dont les films montrent tous comment les hommes appréhendent la mort et comment cela les mène à se tourner — souvent dans l'excès — vers la science ou la religion. «Ce n'est pas tant la mort que l'approche qu'ont les gens de la mort qui m'intéresse. Chez certaines personnes, ça provoque des réactions telles que les gens vont jusqu'à s'empêcher de vivre», disait-il lors d'un entretien en début de semaine. En dépit du malaise qui entoure ce sujet, le réalisateur ne se gêne pas pour l'affronter de front et avec un humour, disons-le, assez noir. Ainsi, dans The Final Step To Freedom, coréalisé en 2002 avec Martin Leblanc, il va jusqu'à mettre en scène une infopub sur un livre montrant les meilleurs trucs pour se tuer.

Son long métrage, qui pourrait sortir en salle dès l'automne prochain, traite lui aussi du thème de la mort. Dans Manners Of Dying, un condamné à la peine capitale (Roy Dupuis) demande au chef de sa prison (Serge Houde) que son décès soit filmé et que la cassette soit envoyée à sa mère. L'étrangeté de cette requête donne lieu à la présentation de plusieurs scénarios sur les diverses façons de mourir, à la manière des films à possibilités multiples comme Cours, Lola, cours ou encore Le Jour de la marmotte.

Coup de chance, Allen avait convaincu Yann Martel de lui céder les droits sur sa nouvelle en 2000, bien avant Life Of Pi, Booker Prize et à l'origine de la renommée internationale qui s'ensuivit. Ce concours de circonstances lui a du même coup permis de ne pas signer un accord trop onéreux et de bénéficier du prestige qui entoure désormais l'écrivain. On ne peut encore présumer de rien sur l'intérêt du film, mais rappelons quand même que Jeremy Peter Allen a déjà montré, dans le sublime Requiem contre un plafond (2000), son talent à travailler les textes littéraires. La rétrospective d'Antitube permet d'ailleurs de revoir cette adaptation d'une nouvelle de l'auteur Tonino Benacquista avec, dans le rôle principal, l'excellent Yves Jacques.
- Ce soir à 19h30 à l'auditorium no 1 du Musée de la Civilisation, 85, rue Dalhousie, à Québec.