RIDM – Frapper aux portes d’Israël

«Entre les frontières» part à la rencontre de demandeurs d’asile africains que l’État d’Israël parque dans un camp en plein désert.
Photo: RIDM «Entre les frontières» part à la rencontre de demandeurs d’asile africains que l’État d’Israël parque dans un camp en plein désert.

Avi Mograbi rêve qu’Israël, son pays, ouvre ses portes un jour aux citoyens non juifs. Ce souhait habite son oeuvre documentaire depuis des années. Son plus récent film, Entre les frontières, qui sera présenté aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) les 15 et 16 novembre, s’intéresse au sort des réfugiés érythréens et soudanais qui frappent aux portes d’Israël, après avoir fui leur terre natale.

À partir d’un atelier de théâtre, donné au centre Holot, où sont détenus, en plein désert, ces réfugiés, le cinéaste trace un portrait sombre de la réalité israélienne pour ces demandeurs d’asile. En fait, il se trouve qu’au moins deux d’entre eux préfèrent vivre ainsi détenus, avec possibilité de circuler mais obligation de se signaler aux autorités plusieurs fois par jour, que de subir le racisme dans les rues de Tel-Aviv.

Au moment de la création du centre Holot, les réfugiés pouvaient y être détenus durant de nombreuses années. Au cours du documentaire, la Cour suprême ordonne finalement au gouvernement d’Israël de ne pas détenir les demandeurs d’asile plus d’un an. Aujourd’hui, l’ensemble des participants au documentaire ont été libérés. D’autres ont pris leur place.

Le gouvernement d’Israël tente de rendre leur vie misérable pour qu’ils partent ailleurs [...] Et plusieurs milliers de réfugiés sont partis, alors ça fonctionne.

 

Un endroit « raciste »

Mais aucun d’entre eux ne peut rêver d’être un jour citoyen d’Israël, puisqu’il faut être juif pour le devenir. Pour Avi Mograbi, « Israël est un endroit très raciste ». En dehors des camps, les réfugiés qui y vivent doivent renouveler les documents qui leur permettent d’y séjourner tous les deux mois. Jusqu’à récemment, ils n’avaient pas le droit d’y travailler. « La cour a aussi décidé qu’il était illégal d’empêcher les gens de travailler, mais le ministère de l’Intérieur n’a pas changé le texte de leurs documents. Alors, cela peut créer des problèmes si les employeurs ne savent pas que la loi a été changée », poursuit Avi Mograbi.

Par ailleurs, il relève qu’Israël « refuse d’examiner les cas individuels des réfugiés ». En tant que groupe, les réfugiés bénéficient cependant de la protection des Nations unies.

La troupe de théâtre au centre de ce documentaire compte à la fois des Israéliens et des réfugiés. L’une des scènes les plus marquantes du film est d’ailleurs celle où ces deux groupes inversent les rôles : les réfugiés jouant les Israéliens et ces derniers jouant les réfugiés.

Un réfugié s’inquiète d’ailleurs que cette scène soit jouée publiquement : « Les gens vont croire que l’on chasse les Israéliens », dit-il.

Descendants de réfugiés

Il y a quelque 70 000 réfugiés en Israël, selon Avi Mograbi, dont la majorité vient de l’Érythrée et du Soudan, le premier ployant sous la dictature et le second déchiré par la guerre civile.

« Les réfugiés qui sont en Israël attendent que la situation se calme dans leur pays », dit Avi Mograbi. Plusieurs ont été séparés de leur famille.

Pendant ce temps, « le gouvernement d’Israël tente de rendre leur vie misérable pour qu’ils partent ailleurs », ajoute le cinéaste. « Et plusieurs milliers de réfugiés sont partis, alors ça fonctionne. » Lorsqu’ils quittent Israël, les réfugiés reprennent généralement la route vers l’Ouganda ou le Rwanda, où ils ne pourraient pas non plus s’établir et d’où ils tenteront vraisemblablement de gagner l’Europe. En fait, une importante vague de réfugiés est arrivée en Israël d’Égypte, après que le démantèlement d’un camp de réfugiés soudanais par la police au Caire eut tourné à la tuerie en 2005.

Avi Mograbi est lui-même choqué que les Israéliens, qui sont des descendants de réfugiés, se montrent si peu compréhensifs envers les réfugiés d’autres confessions religieuses. « Je suis moi-même un descendant de réfugiés », dit-il, faisant référence à sa famille qui a quitté l’Allemagne en 1932 pour se réfugier en Palestine.

Or, s’il existe en Israël beaucoup de gens qui sont sensibles à la cause des réfugiés, il n’existe pas de réel mouvement qui promeut l’élargissement de la citoyenneté israélienne aux non-juifs, dit-il.

Le film Entre les frontières sera présenté à Montréal en présence d’Avi Mograbi. Ce dernier donnera également une conférence au Centre Phi, le 17 novembre.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 15 novembre 2016 10 h 05

    Vive le peuple choisi

    Pour des gens qui ont insister pour avoir une terre et ancestrale selon leur dire, quelle générosité, faire partie d'un peuple choisi, c'est comme ca que je voudrais être