Une audace méritoire

Il a ouvert hier le Festival du film pour enfants de Montréal avant de prendre hier l'affiche. Le Golem de Montréal est une oeuvre pour jeune public qui se situe à la frontière de plusieurs genres, du fantastique à la chronique sociale, en abordant par la bande les problèmes des familles désunies.

Il est réalisé par Isabelle Hayeur, intéressante cinéaste qui vient d'abord du monde de la vidéo sur la danse mais qui a réalisé aussi une série télévisée (L'Homme de l'air) et un long métrage fantastique, Les Siamoises. Elle aime jongler avec les oeuvres de genre, d'où ces incursions du monde fantastique dans cette chronique d'enfants du Mile-End de Montréal.

Un golem est une créature de la mythologie littéraire pragoise juive, sorte de géant né de l'argile qui prend vie grâce à une formule magique, qui peut servir de serviteur soumis et gentil à son propriétaire. Nico (Zébulon Vézina), un petit garçon de sept ans dont les parents se séparent, fabrique un golem pour lui tenir compagnie et le garder au chaud. Avec les enfants des voisins, issus ou non de familles dysfonctionnelles, il aimera, perdra et pourchassera son golem (incarné par Réal Bossé) dans les rues de Montréal.

Il s'agit d'un film sur le père: celui, terrible et rigide, de Renaud, qu'incarne Alexis Martin en atteignant la caricature du rôle; le bon papa de Camille et Axelle, joué par Emmanuel Bilodeau, et ce golem inventé pour remplacer un père absent.

Isabelle Hayeur n'atteint pas toujours sa cible, faute d'avoir su diriger justement les enfants à sa distribution, faute d'entremêler les genres avec un doigté constamment présent: les incursions fantastiques du golem dans une Tchécoslovaquie d'autrefois et les drames plus contemporains se marient quelquefois assez mal. Quant au scénario, il paraît parfois confus. Ainsi, les raisons pour lesquelles les saisons changent sans crier gare ne sont pas très claires.

Mais Isabelle Hayeur a le mérite d'aborder de front les problèmes des enfants d'aujourd'hui, confrontés aux séparations familiales comme aux tares de leurs parents, qui sont parfois des mauvais éducateurs. Avec ses faiblesses et ses forces, Le Golem de Montréal repose sur une audace de thématique, comme on en trouve assez peu dans le cinéma québécois jeune public et qui apparaît vraiment méritoire.