Mystérieuse mademoiselle Minoes

L'oeuvre de l'écrivaine néerlandaise Annie M. G. Schmidt fascine depuis plusieurs décennies les jeunes lecteurs, particulièrement ceux des Pays-Bas. On la surnomme toujours «la vraie reine de Hollande» et son rayonnement se poursuit au cinéma avec cette adaptation de Minoes, un roman publié en 1970. Sous la baguette du cinéaste belge Vincent Bal, et dans une version française réalisée au Québec où l'on a préféré baptiser le film Miaou!, une chatte réussit, pour le bonheur de tous, à retrouver ses petits.

Ce n'est pas le seul enjeu de nature féline dans ce conte charmant où la compagnie des chats est préférable à celle des hommes. Tibber (Theo Maasen) y croit fermement, journaliste sans envergure et d'une timidité maladive, fasciné par ces petites bêtes qui, dans la ville de Killendoorn, possèdent le don de la parole et semblent former une société secrète. Parce qu'elle a mis son nez là où il ne fallait pas, la chatte Minoes se transforme en jolie demoiselle (Carice Van Houten), agile et mystérieuse, qui cogne à la fenêtre de Tibber. Celui-ci est éberlué devant ses comportements étranges (peur des chiens, acrobate sur les toits et dans les arbres, appétit insatiable pour le poisson) mais accro à toutes les informations recueillies par Minoes dans les ruelles et les gouttières, qui font vite de lui un as reporter. Leurs enquêtes vont les conduire au personnage le plus respecté de la ville, Helmit (Pierre Bokma), un industriel loin d'être au-dessus de tout soupçon, détesté copieusement par la confrérie des chats et responsable de la curieuse transformation de Minoes.

À la grisaille typique de l'Europe du Nord qui persiste pendant toute la durée du film, le récit se révèle plutôt fantaisiste et amusant, histoire d'amour peu banale entre un gringalet néerlandais et une «catwoman» digne d'un mannequin, duo de pourfendeurs de toutes les injustices. Vincent Bal prend bien soin de situer dans quel camp logent les bons et les méchants, rendant le patron de l'usine locale responsable de tous les maux qui accablent la population féline de la ville. Il cède aussi à cette vision un peu courte, et réconfortante pour le jeune public, de ces personnages d'enfants sages qui en savent toujours plus que les adultes, prenant ici les traits d'une charmante petite fille, Bibi (Sarah Banner), jouant à l'arbitre entre Tibber et Minoes.

Le film n'est pas non plus exempt d'un certain simplisme propre aux productions pour enfants alors que les figures caricaturales abondent, transformant leurs opinions et leurs humeurs au gré des situations. Et on pardonnera aussi au cinéaste sa description romantico-irréaliste du métier de journaliste où il suffit à Tibber de se balader à vélo ou de piocher sur le clavier de son ordinateur pour exercer son travail. En comparaison, la minisérie Scoop pourrait être assimilée à de la télé-réalité...

Le cinéma pour enfants aime bien faire tendrement la morale mais peut aussi inciter les jeunes spectateurs à la curiosité et au dépaysement, objectifs difficiles à atteindre quand le paysage cinématographique est obstrué par Hollywood. Miaou!, grâce à ses couleurs néerlandaises, à la sobriété de ses moyens — les chats débitent leurs dialogues avec une maladresse technique qui contribue, bien involontairement, à la drôlerie du film — et à l'humilité de ses interprètes, va ravir petits et grands, chatons et gros matous.