Bel atterrissage

Amy Adams se distingue par son jeu nuancé.
Photo: Paramount Pictures Amy Adams se distingue par son jeu nuancé.

On sait gré à Denis Villeneuve de ne pas égarer son style en touchant à la science-fiction dans sa dernière production américaine (tournée au Québec, quand même). Ses vaisseaux extraterrestres ont une forme ovoïde de concombres volants, du plus bel effet. La classe ! Ses pieuvres, l’apparence des étrangers venus de l’espace, ont un côté insolite sans vulgarité et hors des poncifs du genre, qui évoquent les araignées géantes de son Enemy. La musique de Jóhann Jóhannsson, indissociable de l’univers du cinéaste depuis Prisoners, nimbe le film d’un climat allégorique, entre conflits intimes et menace d’une guerre des mondes. La caméra de Bradford Young fait des prouesses.

En adaptant la nouvelle Story of Your Life de Ted Chiang, le scénariste Eric Heisserer a pris des libertés, mais les lignes principales du synopsis sont au poste. Alors que des extraterrestres débarquent en différents points du globe avec on ne sait quelles intentions, l’armée américaine charge une linguiste (Amy Adams) de trouver un pont de communication avec ces créatures. À ses côtés : un mathématicien (Jeremy Renner), un colonel (Forest Whitaker). Les Chinois, eux, sont prêts pour l’attaque. Le temps presse. Reste à décoder leur langage, ce à quoi s’applique cette femme, armée de théories qui relient le comportement au langage.

Il y a quelque chose de métaphysique dans la dérive des temps d’action pour la partie du film qui aborde le lien de cette femme avec sa fille, alors que ses dons de seconde vue lui permettent d’éviter sa conception. L'arrivée est plus intelligent que bien des productions d’anticipation, plus subtil aussi, tout en s’inscrivant dans la lignée féconde des oeuvres poético-métaphysiques de Terrence Malick et d’Inception de Christopher Nolan, pour la traversée des dimensions.

On reprochera à L'arrivée la minceur des rôles de Jeremy Renner et de Forest Whitaker. Villeneuve, comme dans Sicario, aime donner le leadership à une héroïne féminine. Mais cette fois, une romance trop escamotée entre elle et le mathématicien perd sa charge et sa crédibilité. Dans ce scénario complexe, les facilités sont collées aux rapports amoureux, jamais à ce lien étrange entre les créatures de l’espace et l’humaine qui interroge leurs signes de l’autre côté de la vitre ou pas.

Le lien mère-fille, de son côté, se développe sur une ligne de mystère où le temps et le deuil se mêlent à la peur de l’autre et au courage de l’affronter. L'arrivée n’est pas un film d’acteurs, même si Amy Adams se distingue par son jeu nuancé. C’est l’élégance de la mise en scène, de la direction artistique et des effets spéciaux, de la musique aussi, la facture générale de raffinement, donc, qui impressionne.

Quant au scénario, malgré quelques pas de côté émotionnels qui détonnent avec un ton d’ensemble sobre et maîtrisé par-delà son délire visuel, il se décline à plusieurs niveaux avec intelligence, sur un revirement final qui renvoie à des dimensions parallèles. L'arrivée, bon atterrissage de Villeneuve dans la science-fiction, laisse présager le meilleur pour son Blade Runner 2.

L’arrivée (V.F. d’Arrival)

★★★★

Science-fiction de Denis Villeneuve. D’après la nouvelle Story of Your Life de Ted Chiang. Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker. États-Unis, 2016, 117 minutes.

V.F. d’Arrival

★★★★