Tout est chaos

Lorsqu’elle s’anime au grand écran, Virginie Efira dégage la sensualité d’une Marilyn Monroe qui aurait l’esprit vif d’une Katharine Hepburn.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Lorsqu’elle s’anime au grand écran, Virginie Efira dégage la sensualité d’une Marilyn Monroe qui aurait l’esprit vif d’une Katharine Hepburn.

Elle a le casting d’une blonde hitchcockienne, mais, lorsqu’elle s’anime au grand écran, Virginie Efira dégage la sensualité d’une Marilyn Monroe qui aurait l’esprit vif d’une Katharine Hepburn. Il n’est donc pas surprenant que Justine Triet (La bataille de Solférino) ait pensé à elle pour incarner Victoria dans cette comédie dramatique s’inscrivant dans la veine des screwball comedies de Hawk et de Wilder.

« Quelle chance d’avoir un rôle qui soit cousin de ce genre de choses. Dans les screwball comedies, il y a un truc qui est formidable, ce sont des films en apparence légers mais qui sont politiques. Il y a de l’esprit, les femmes sont assez puissantes et motrices des choses et, en même temps, elles ne renient pas leur féminité. J’adore ça, j’aime aussi les trucs de Lubitsch avec Carole Lombard », confie l’actrice franco-belge.

Avocate, mère de deux fillettes qu’elle élève seule, Victoria se retrouve aux prises avec trois hommes qui chamboulent sa vie, déjà peu reposante : son ami Vincent (Melvil Poupaud), qu’elle doit défendre contre son ex-petite amie qui l’accuse de tentative de meurtre ; Sam (Vincent Lacoste), ex-client qu’elle embauche comme jeune homme au pair ; et son ex, David (Laurent Poitreneaux), qui écrit un roman en ligne où il trace un portrait peu flatteur d’elle.

« J’ai eu un coup de foudre pour Justine Triet. À la fin d’un tournage, on se sent un peu triste et c’est normal, mais, avec elle, je me demandais comment j’allais passer de ce film à autre chose. Il y a vraiment eu une rencontre, et ça, c’est rare. Pourtant, Justine et moi n’avons pas le même parcours ; elle vient des beaux-arts, elle est passée par le documentaire et l’expérimental, tandis que moi, je viens de la télévision, où j’ai été animatrice, du divertissement. Je suis complètement à l’opposé d’elle, mais, sur le cinéma, sur la manière de voir le monde, on s’est rejointes totalement. »

Alors qu’elle jongle avec les problèmes qui s’accumulent dans toutes les sphères de sa vie, Victoria, qu’on accuse pourtant d’être trop centrée sur elle-même, se perd complètement de vue. Pendant ce temps, ses filles s’amusent en toute liberté dans le désordre grandissant de l’appartement.

« Il y a quelque chose de très asphyxiant dans cette culture du résultat, dans cette société de performance. Victoria s’essouffle tout le temps ; elle sent qu’elle n’est pas tout à fait remise au monde. Tout est cérébral chez elle, tout est négociation. Elle est toujours dans l’idée de trouver la parole exacte, mais elle finit par avoir un sentiment vrai, un élan spontané. Ce qui me plaît, c’est que Justine ne normalise pas la femme ; Victoria est dure, mais elle est drôle aussi. »

Ce qui séduit aussi Virginie Efira dans l’univers de Justine Triet, c’est le regard personnel et sans concession qu’elle pose sur le monde : « Tout est dans tout. Parfois, on compartimente les choses, comme si la famille, le travail, la sexualité étaient dans des cases séparées, alors que tout s’entremêle tout le temps. Ce qui me touche le plus dans le film, c’est que Justine ne cherche pas une vérité documentaire. Elle a écrit ce qui lui plaisait et elle n’a pas beaucoup de censure, c’est chouette. »

Parmi les répliques favorites de l’actrice, il y a celle où Victoria déclare qu’elle n’est pas misogyne, car « la misogynie, c’est de penser que les femmes sont des victimes ». « De penser que toute bataille morale ou politique est acquise, c’est un leurre. Même avec ce que nous apprennent l’histoire et les crises économiques, on se rend compte qu’on répétera toujours les mêmes choses. De penser que ça va quand même mieux pour les femmes de nos jours, eh bien non, car rien n’est jamais acquis », conclut Virginie Efira.

À Cinemania le 13 novembre. À l’affiche le 25 novembre.