Communion avec la nature

Dans un film tourné durant trois mois au cœur de la Sibérie, à sept heures d’avion de Moscou, l’acteur français Raphaël Personnaz s’est plu à passer quelques nuits seul dans sa cabane.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Dans un film tourné durant trois mois au cœur de la Sibérie, à sept heures d’avion de Moscou, l’acteur français Raphaël Personnaz s’est plu à passer quelques nuits seul dans sa cabane.

Le lac Baïkal, surnommé la perle de Sibérie, et ses rives forment un formidable terrain de jeu glacé de quelque 800 kilomètres. Lorsque Teddy, chef de projet multimédia parisien, choisit de s’y installer, dans une modeste cabane à l’orée de la forêt, son premier réflexe est de conquérir le territoire à la manière d’un enfant aux premiers jours de l’hiver. À regarder Raphaël Personnaz courir, pirouetter et glisser sur le lac devant la caméra de Safy Nebbou (Le cou de la girafe, L’empreinte de l’ange), on devine que l’acteur a redécouvert le plaisir du jeu au premier degré.

« C’est marrant que vous me parliez de ces séquences-là, qu’on a tournées au tout début. Safy a posé sa caméra au bord du lac et m’a dit : « Vas-y, fais ce que tu veux ! » Tout d’un coup, vous vous retrouvez face à une liberté qu’on n’a plus jamais. Au début, elle n’est pas facile à prendre. Petit à petit, on commence à s’amuser comme un gamin et on enlève toutes les défenses », raconte l’acteur, de passage à Montréal.

Libre adaptation d’un récit de l’aventurier Sylvain Tesson, auquel Safy Nebbou a ajouté le personnage du Russe en cavale (Evgueni Sidikhine), Dans les forêts de Sibérie est un film où l’immensité des paysages, les silences et le temps semblant s’être arrêté l’emportent sur tout. Déconnecté de la société, hormis quelques visites au village, Teddy ponctue sa journée d’activités qui lui seront vitales, telles que pêcher, chasser, fendre le bois.

« Je crois que ce film peut parler aux Québécois, avance Personnaz. On se sent très petit dans ce paysage, mais, en retrouvant l’usage de ses 10 doigts pour faire autre chose que tapoter un SMS, on reprend confiance petit à petit. On réalise que les petites choses manuelles qu’on fait ont une importance énorme. J’ai l’impression que c’est une réalité plus présente au Québec, parce que vous avez un territoire immense ; en France, nous avons un jardin potager. Il y a aussi l’âme russe ; on retrouve une espèce d’humilité à entrer ainsi en contact avec la nature. »

Fuite salvatrice

Dans un film tourné durant trois mois au coeur de la Sibérie, à sept heures d’avion de Moscou, Raphaël Personnaz s’est plu à passer quelques nuits seul dans sa cabane. Dans ce climat propice à l’introspection, il en a profité pour écrire le scénario d’un long métrage. Acteur très en demande, il avoue que cette escapade hors du temps l’a apaisé.

« J’ai retrouvé beaucoup de plaisir grâce à ce film, un plaisir que j’avais peut-être perdu, à force de trop enchaîner les tournages. L’avantage de ce film-là, et du théâtre, c’est que ça remet à niveau. Quand on se retrouve avec des acteurs qui n’en sont pas, qui ne jouent pas, qui vous regardent vraiment dans les yeux, si on commence à jouer en face d’eux, c’est mort. Il faut être là, avec eux, dans l’instant. Tout le travail de ce film a consisté à se débarrasser de tout superflu d’acteur, d’être dans le non-jeu, d’avoir cette notion de plaisir, de candeur en permanence. »

Au contact d’Alekseï (Sidikhine), Teddy comprend qu’il n’a pas l’étoffe pour survivre dans cette nature aussi belle qu’hostile et qu’il devra bientôt retourner à son confort parisien, qu’il a fui rien que par envie de changer de décor.

« Sylvain Tesson dit qu’il existe trois types : les dominants, les dominés et ceux qui choisissent la fuite, ce qu’il appelle la politique de la cabane. La fuite a toujours été vue comme quelque chose de péjoratif. Tesson croit que c’est une fuite qui fait du bien, car elle ne nuit pas, ni aux êtres, ni à la nature. Avec l’équipe technique, quand on est rentré, la grande force qu’on a eue, c’est de savoir qu’il existe un endroit comme ça. Dans les moments difficiles, de savoir ça, ça fait un bien énorme. »

À Cinemania les 8 et 10 novembre. À l’affiche le 11 novembre.

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