Fragile trio masculin

Marc Messier, acteur habituellement éloigné du registre dramatique, se glisse avec une gravité et une souffrance intérieure dans «Le pacte des anges».
Photo: Axia Films Marc Messier, acteur habituellement éloigné du registre dramatique, se glisse avec une gravité et une souffrance intérieure dans «Le pacte des anges».

Bien sûr, le scénario du Pacte des anges a des airs connus. La quête identitaire masculine en traversée de territoires à se réapproprier, c’est un peu le cliché du film québécois (À l’origine d’un cri, Route 132, etc.). Place à un monde d’hommes où le féminin apparaît résolument absent (même l’orignal est un mâle), rejoignant ici une tendance lourde du cinéma québécois des dernières années, sur introspection masculine.

Ici, une rencontre improbable entre un sexagénaire déçu par sa vie (Marc Messier) et deux frères adolescents mal pris (Émile Schneider-Vanier et Lenni-Kim Lalande) ouvre sur tous les changements de perspective. Les jeunes garçons kidnappent ce témoin d’un acte de violence qui a mal tourné. Richard Angers, présent au documentaire, aux courts métrages et à la série télé (La chambre no 13), réalise ici son premier long métrage de fiction, en forme de road-movie.

Le pacte des anges (titre de tournage : Desperado) est un film automnal avec des paysages magnifiques, notamment à Stoneham, dans le Bas-du-Fleuve et en Gaspésie. Son principal atout est Marc Messier, acteur habituellement éloigné du registre dramatique, qui s’y glisse avec une gravité et une souffrance intérieure.

Le cinéma confine trop souvent les interprètes à des registres limités, dans son cas l’action et le comique. L’acteur des Boys et de La petite vie, le comédien de Broue, gagnait à élargir son champ et montre ici qu’il est sans doute passé à côté de rôles d’envergure.

Mais le film ne brille pas par la force de ses répliques. Dans ces lieux qui changent, d’un motel à un camp de chasse, en passant par l’auto qui roule, les jeunes personnages, d’abord franchement hostiles envers leur otage, vont devoir remiser leurs préjugés pour former une équipe, le syndrome de Stockholm entrant en jeu.

Il y a eu meurtre accidentel, et la fuite devient aussi l’occasion de s’affronter soi-même. Émile Schneider-Vanier (vu dans Après la neige et Là où Attila passe), avec son étrange regard oblique et une intériorité précoce, peut porter ce type de rôle à la fois rebelle et désespéré. Et le jeune Lenni-Kim Lalande possède un grand naturel.

Sinon, l’évolution de l’histoire demeure prévisible et les meilleurs moments résident dans la nouvelle paternité endossée par l’aîné du trio, avec transmission de savoir dans le sillage d’une bête lumineuse. La fragilité masculine s’expose au détour, sur une mise en scène souple mais sans dynamisme particulier.

Ce film un peu inachevé et maladroit, servi par des paysages aux couleurs changeantes, est çà et là touchant dans sa démarche et permet à Marc Messier de prendre une bouffée d’oxygène sur des chemins de traverse. Ça n’en fait pas une oeuvre solide pour autant.

Le pacte des anges

Road-movie dramatique de Richard Angers. Avec Marc Messier, Émile Schneider-Vanier, Lenni-Kim Lalande. Québec, 2016, 96 minutes.