Doctor Strange: rassurante étrangeté

Le très attendu «Doctor Strange» est le 14e film « officiel » tiré de l’univers Marvel.
Photo: Buena Vista Le très attendu «Doctor Strange» est le 14e film « officiel » tiré de l’univers Marvel.

On ne compte plus le nombre de superhéros dont les aventures ont été portées aux grand et petit écrans. La demande est là puisque les recettes se calculent en milliards de dollars. À présent, le film de superhéros est, peu ou prou, la principale source de revenus de l’industrie cinématographique hollywoodienne, avec la dimension hégémonique que cela implique. Au royaume du remake et de la suite, rares sont les superhéros faisant l’objet d’une toute première adaptation. C’est le cas de Doctor Strange, l’un des films les plus attendus par les légions d’amateurs.

Qui est ce « Docteur Étrange », surnom évocateur s’il en est ? Il s’appelle en réalité Stephen Strange. Neurochirurgien de son métier, il est, sans conteste, le membre le plus illustre de sa profession. Et il le sait.

Puis, voilà qu’un accident de voiture laisse ses mains en charpie. Après qu’il a eu épuisé tous les recours scientifiques, la rumeur d’un miracle passé l’entraîne au Népal, où il devient l’élève de l’Ancien, une sage dotée de pouvoirs incroyables. Des pouvoirs dont Strange est, sans le savoir, également détenteur.

Bientôt, il devra décider s’il désire se sauver lui-même ou sauver le monde.

La formule

Doctor Strange est le 14e film « officiel » tiré de l’univers Marvel. Pour mémoire, les éditions Marvel (Iron Man, Captain America, etc.), que possède le studio Disney, demeurent le plus gros joueur hollywoodien, tandis que DC Comics (Batman, Superman, etc.), propriété du studio Warner Bros., arrive bon deuxième.

Dans ses meilleurs crus, comme le premier Iron Man, qui séduisit grâce à son sens de l’autodérision et de l’émerveillement, ou le second Captain America, qui lui misa sur un sous-texte politique porteur, Marvel a l’heur de transcender la notion de divertissement en offrant un petit supplément de substance.

Même en l’absence de celle-ci, il y a toujours une « extravaganza » intergalactique, comme Les gardiens de la galaxie, pour venir dépoussiérer la formule voulant que le ou les protagonistes du moment soient confrontés à la perspective de l’anéantissement de la Terre par un antagoniste mégalo. Une formule sacro-sainte à laquelle souscrit, un peu platement, Docteur Strange.

Attentes élevées

Certes, les attentes étaient élevées compte tenu, d’une part, de la nature du personnage, qui est capable de manipuler le temps et d’accéder à des mondes parallèles, et, d’autre part, de la distribution, à commencer par la présence de Benedict Cumberbatch (Sherlock) dans le rôle-titre.

À ce propos, ce dernier est nuancé et imposant. Dans la partition ingrate du « pôle sentimental », Rachel McAdams (Passion) livre une prestation vive et attachante. En méchant de service, Mads Mikkelsen (Hannibal) est charismatique et menaçant à souhait. Quant à la toujours remarquable Tilda Swinton (Le transperceneige), elle fait sien le rôle de l’Ancien avec un mélange parfait de gravité et d’humour pince-sans-rire.

En fait, les comédiens sont si bons qu’on en oublie (presque) la minceur des personnages. Autre distraction : les effets spéciaux spectaculaires. Lorsque les mondes parallèles se côtoient de manière kaléidoscopique, on pense à Origines, de Christopher Nolan, sans le charme opératique, mais avec une charge fantaisiste accrue.

Sage mais efficace

À terme, Doctor Strange se révèle, au sein de l’univers Marvel, un film du milieu : efficace à tous égards, ce qui est déjà pas mal, mais peu enclin à prendre quelque risque que ce soit. Avec un superhéros nommé de la sorte, un peu d’inquiétante étrangeté aurait été le bienvenu. En lieu et place, on s’est cantonné à de la « rassurante étrangeté ».

Cette approche ayant prouvé sa valeur, sans doute les recettes seront-elles une fois encore à la hauteur.

Doctor Strange (V.O. et V.F.)

★★★

Fantaisie de Scott Derrickson. Avec Benedict Cumberbatch, Rachel McAdams, Tilda Swinton, Chiwetel Ejiofor, Mads Mikkelsen, Benedict Wong. États-Unis, 2016, 115 minutes.