En quête d’absolu

L’actrice, réalisatrice et scénariste française Nicole Garcia est de passage à Montréal, où Cinemania lui rend hommage.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’actrice, réalisatrice et scénariste française Nicole Garcia est de passage à Montréal, où Cinemania lui rend hommage.

Jusqu’au 6 novembre, la Cinémathèque québécoise célèbre l’actrice française Nicole Garcia. Invitée d’honneur de la 22e édition de Cinemania, elle y présente son nouveau long métrage à titre de réalisatrice, Mal de pierres.

L’héroïne qu’incarne Marion Cotillard dans Mal de pierres rappelle celles qu’interprétaient Catherine Deneuve dans Place Vendôme et Marie-Josée Croze dans Un balcon sur la mer. Nicole Garcia aurait-elle un faible pour les héroïnes tragiques et les amoureuses bafouées ?

« Je refuse l’étiquette romantique, car je me considère comme romanesque, le romanesque pouvant être âpre, farouche et plus violent que le romantisme, mais en ajoutant la dimension tragique au romantisme, je trouve cela assez juste. Toutes les trois sont dans une histoire d’amour et de passion qui rend la vie plus grande que la vie », explique Nicole Garcia.

« Elles ont en elles un appel très fort, mais je dirais que dans Mal de pierres, on a presque la quintessence de ces trois femmes. Cet amour bafoué apparaît plus tragique dans Mal de pierres, car c’est quelque chose que tout le monde refuse à Gabrielle en lui disant qu’elle est folle. Elle crie tellement haut et fort son manque qu’elle apporte le scandale avec elle », poursuit-elle.

Je refuse l’étiquette romantique, car je me considère comme romanesque, le romanesque pouvant être âpre, farouche et plus violent que le romantisme, mais en ajoutant la dimension tragique au romantisme, je trouve cela assez juste

 

Libre adaptation du roman de Milena Agus, Mal de pierres, que la cinéaste a écrit avec son fidèle complice Jacques Fieschi, le projet a bien failli ne pas voir le jour. Fieschi n’étant pas particulièrement entiché du roman, la cinéaste s’était donc tournée vers d’autres scénaristes. Enlisée dans ses notes, elle a abandonné le projet puis tourné Un beau dimanche. Hantée par le roman, Garcia est retournée auprès de Fieschi, qui a alors trouvé la manière de le transposer à l’écran.

« J’ai un imaginaire puissant comme c’est requis pour un metteur en scène, mais j’ai aussi beaucoup de doutes. Jacques lève mes doutes ; quand il me dit que c’est bien, j’avance, comme une actrice sous la direction d’un metteur en scène. Ce qui est étrange, c’est que lui aussi met de ses fantasmes. Pourtant, j’ai l’impression que mes films sont puissamment autobiographiques. On doit avoir des inconscients qui se rejoignent en un point mystérieux,à l’insu de nous deux », confie-t-elle.

Sur le territoire de l’imaginaire

À l’instar de Marianne (Deneuve) se projetant dans la jeunesse de Nathalie (Emmanuelle Seigner), de Cathy (Croze) s’identifiant à une amie d’enfance, Gabrielle trouvera elle aussi un alter ego, Katherine, héroïne des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, afin de se rapprocher de son idéal d’amour, ce que l’on nomme dans le roman d’Agus la « chose principale ».

« Dans leur quête, elles se sentent tellement démunies qu’elles doivent chercher un référent. Il y a un autre masque, une autre identité féminine qui est juste à côté d’elles pour les soutenir dans cette voix. Ou alors, elles ont toutes les trois un outil merveilleux qui est l’imaginaire, cet imaginaire qui va sauver Gabrielle de l’effondrement », croit Nicole Garcia.

C’est d’ailleurs en voulant elle-même explorer l’imaginaire que Garcia, qui ne manquait pas d’offres intéressantes, s’est tournée du côté de la réalisation. En exploitant le thème de l’identité, réelle, empruntée ou détruite, Garcia trouvait dans le métier de cinéaste une parfaite extension du travail d’actrice, lequel devenait pour elle un terrain de jeu de plus en plus étroit.

« C’est comme si je croyais, un peu comme Gabrielle, à la fonction réparatrice de l’imaginaire, comme si j’avais eu besoin dans ma vie de cet autre territoire, de cette vie en surnuméraire qu’est la fiction, de fuir la réalité pour mieux y revenir, parce que je ne suis pas psychotique ! Vivre dans cette identité double a été pour moi un sauve-qui-peut », révèle la cinéaste française.

Du même souffle, elle ajoute : « Que j’écrive des personnages féminins ou masculins, je mets une trame très personnelle. Quand on n’est plus actrice, on dépose sa détermination sexuée et on peut aller vers les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants. Un peu comme moi, mes personnages ne font pas confiance à la parole ; ils font confiance à l’expression du corps, des gestes, des regards, du silence qui sont plus forts que le dit, mais quand la parole arrive, elle est précieuse. »

Si Nicole Garcia cite Elia Kazan, dont le romantisme tragique de La fièvre dans le sang l’a séduite, parmi ses inspirations, c’est pour ainsi dire grâce à Alain Resnais qu’elle a osé faire le saut vers la mise en scène. Ce n’est donc pas étonnant que se trouve, parmi les huit films du cycle lui étant consacré à la Cinémathèque québécoise, Mon oncle d’Amérique. « Il y avait deux places possibles avec un maître comme lui : devenir sa muse, ce qui était mon rêve, ou de faire comme lui », conclut Nicole Garcia.