Faire marcher son rêve

C’est à la suite d’une profonde dépression, en 2008, que Stanley Vollant se retrouva sur la route de Compostelle, théâtre de cette vision qui engendra en 2010 l’initiative Innu meshkenu, ou route des humains, un projet axé sur la marche ouvert tant aux autochtones qu’aux allochtones.
Photo: Nova Médias C’est à la suite d’une profonde dépression, en 2008, que Stanley Vollant se retrouva sur la route de Compostelle, théâtre de cette vision qui engendra en 2010 l’initiative Innu meshkenu, ou route des humains, un projet axé sur la marche ouvert tant aux autochtones qu’aux allochtones.

Gros coup de coeur collectif au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT) avec le documentaire De Compostelle à Kuujjuaq. Ovation de douze minutes, public en larmes : la totale. Réalisé par Simon C. Vaillancourt, le film conte les pérégrinations de Stanley Vollant qui, à la suite d’un rêve lors d’un pèlerinage à Compostelle, décida de rentrer au Québec et de faire 6000 kilomètres à pied. Son but ? Revenir sur les pas de ses ancêtres tout en sensibilisant ses contemporains à l’importance des saines habitudes de vie et de la persévérance scolaire. On l’a rencontré.

Né sur la Côte-Nord, Stanley Vollant, un Innu de Pessamit, obtint en 1994 son diplôme d’étude spécialisée en chirurgie générale, devenant ainsi le premier chirurgien autochtone du Québec.

C’est à la suite d’une profonde dépression, en 2008, qu’il se retrouva sur la route de Compostelle, théâtre de cette vision qui engendra en 2010 l’initiative Innu meshkenu, ou route des humains, un projet axé sur la marche ouvert tant aux autochtones qu’aux allochtones.

Place aux jeunes

Cela étant, la priorité demeure l’amélioration du sort des jeunes autochtones. Et pour cause.

« La moitié des membres des peuples autochtones est âgée de moins de 20 ans, explique Stanley Vollant. Ma marche vise entre autres à amener les jeunes à croire en eux. Et pour croire en toi, il faut que tu saches qui tu es, et d’où tu viens, et que tu sois fier de ça. Je fais beaucoup de conférences dans les écoles. Si mon message rejoint trois ou quatre jeunes, ne serait-ce qu’un seul… Ils deviennent à leur tour des ambassadeurs. Connaître ton histoire, connaître ta culture tout en célébrant la diversité, c’est fondamental. Mais c’est moins simple que ça peut le paraître. Il y a des raisons sociohistoriques à ça. »

Coïncidence, un des jeunes participants vient saluer son mentor sur ces entrefaites. C’est Elijah. Il a fait le voyage à Rouyn-Noranda pour voir le film. En proie à des idées noires, cet adolescent inuit a participé à l’un des volets les plus ardus d’Innu meshkenu, celui de 2015 entre Schefferville et Kuujjuaq. L’expérience l’a transformé.

Traumatisme historique

Dans le documentaire, Stanley Vollant met en perspective la situation des Premières Nations d’ici en dressant des parallèles avec les Maoris de Nouvelle-Zélande, qui affichent les mêmes pathologies.

« On a été colonisés en même temps par les Britanniques. On avait des spiritualités autochtones et on nous a convertis au christianisme. Eux aussi ont eux des pensionnats, avec des taux identiques de sévices physiques, spirituels et sexuels. On vit les contrecoups de ce traumatisme historique. Il y a un mal-être qui se transmet de génération en génération. L’alcool et la drogue deviennent comme une médication autoprescrite… »

Photo: Nova Médias Que ce soit en marchant ou en courant, seul ou accompagné (ci-dessus avec un jeune homme prénommé Cody), Stanley Vollant a parcouru 6000 kilomètres.

En dormance

Tout n’est pourtant pas noir, et Stanley Vollant garde le regard rivé sur les solutions. Des solutions que les siens, il en est convaincu, portent en eux.

« Dans les expéditions les plus difficiles, dans le Nord, je me disais que mes grands-parents et leurs ancêtres avaient vécu dans ces conditions-là, qu’ils avaient voyagé dans ces conditions-là ; que c’était leur quotidien. J’ai alors compris à quel point les Innus, et les autres nations, étaient des athlètes. Ces aptitudes physiques sont encore dans nos gènes, forcément. Deux générations, c’est pas assez pour annihiler ça. Je pense que c’est encore en nous, en dormance. »

Et si un projet comme celui-ci pouvait aider à réveiller ce bagage génétique assoupi ? Car si le pire se transmet, pourquoi n’en irait-il pas de même pour le meilleur ?

Donner suite

Faisant une parenthèse, Stanley Vollant revient sur la Commission royale sur les peuples autochtones coprésidée par Georges Erasmus, ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations, et René Dussault, juge de la Cour d’appel, et dont le rapport fut déposé en 1996.

« Leur enquête a été exhaustive. Il y avait là-dedans des propositions précises, et chacune était chiffrée. Rien, ou si peu, n’a été fait pour leur donner suite. À présent, le gouvernement Trudeau a lancé des chantiers et avancé des fonds ; on va prendre ça, on n’a pas le choix. Mais combien de milliers de suicides, en vingt ans ? Combien de milliers de femmes autochtones disparues, pendant ce temps ? Mais j’ai espoir. Je pense que, d’ici trente ans, on aura réparé la cassure. Que les autochtones bénéficieront de chances égales, et apporteront autant, sinon plus, à la société. Je ne serai plus là, mais mes enfants, si. C’est pour eux que je fais tout ça. »

Elijah aussi sera là. Après l’entretien, on les observe un moment, Stanley Vollant et lui, alors qu’ils se font une accolade sentie. Les yeux du jeune homme ne sont plus éteints comme lorsqu’on l’a aperçu dans le documentaire. Ils brillent.

« Si mon message rejoint trois ou quatre jeunes, ne serait-ce qu’un seul… », espérait Stanley Vollant.

Comme quoi, la réalité peut parfois s’avérer encore plus inspirante que le rêve.

François Lévesque se trouve à Rouyn-Noranda  à l’invitation du FCIAT.

Une portée universelle

Pour le réalisateur Simon C. Vaillancourt, il était primordial de rester du côté de l’espoir sans pour autant sombrer dans l’optimisme forcené. « Le côté sombre lié aux Premières Nations, on le connaît. Je trouvais essentiel de mettre en lumière tout le bon qui résulte du projet de Stanley. En même temps, Stanley, il est au fond moitié blanc, moitié autochtone, et son message peut rejoindre tout le monde. Les valeurs qu’il propage sont universelles. Avec notre équipe, on a aussi voulu miser là-dessus. Stanley, il m’a inspiré. Son message est devenu mon message. »

Ceux qui marchent

Plusieurs participants étaient à la présentation du documentaire, dimanche au FCIAT, donnant lieu à des moments fort émouvants. Parmi ceux-ci se trouvait Caroline « Lalik » Fontaine, une jeune mère ayant décidé de marcher aux côtés de Stanley Vollant dans le cadre de son processus de désintoxication. Elle voulait être une meilleure mère, et un meilleur exemple pour son petit garçon. « Le projet de Stanley m’a permis de changer la direction dans laquelle allait ma vie, a-t-elle confié au Devoir. Depuis, je suis davantage dans la spiritualité. Ma vie est beaucoup plus saine. C’est en marchant que j’ai commencé à voir de la lumière. Je l’ai suivie. C’est quelque chose de voir le film… J’ai revu deux amis naskapis qui sont décédés depuis… J’aurais voulu qu’ils soient là, eux aussi. »
1 commentaire
  • Raynald Rouette - Abonné 31 octobre 2016 11 h 51

    Les jeunes en manque de repères!


    Monsieur Stanley Vollant,

    Je suis un allochtone d'origine française 16e et 18e siècle. J'ai aussi eu la possibilité de vivre l'expérience «Compostelle» en Europe.

    Je partage entièrement votre lecture de l'histoire des autochtones du Canada et du Québec.

    Je suis entièrement d'accord, quand vous relevez le fait que les jeunes autochtones ou allochtones ne peuvent savoir où ils vont, s'il ne connaissent pas leur histoire et leur origine. Je sais par expériene qu'ils n'aiment pas qu'on leur en fasse la remarque...D'où la fagilité de ceux-ci aux influences de toute nature.

    Il ne faut pas compter sur les pouvoirs en place depuis la conquête pour remédier à la situation! Tout n'a été que promesses non tenues depuis. Au Québec, la dernière en titre a été celle de P.-E. Trudeau lors du référendum de 1980. Nous attendons toujours!

    En 2015, Trudeau fils a employé une «fausse image» pour se sortir d'une question embarrassante «parce que nous sommes en 2015» vous vous souvenez? À voir les conditions lamentables dans lesquelles les autochtones sont maintenues en 2016, le Canada devrait avoir honte, mais ça ne semble pas être le cas. Combien de temps cela durera-t-il encore tant pour vous que pour nous?