Les Oscars adorent les interprétations d'actrices enlaidies

Hollywood — L'Académie des arts et techniques du cinéma, qui décerne les Oscars, adore que les actrices les plus belles s'enlaidissent, ce qui pourrait permettre à l'éblouissante Charlize Theron, transformée en prostituée meurtrière en série dans Monster, de décrocher la statuette de la meilleure actrice dimanche.

À 28 ans, la Sud-Africaine, ancien mannequin et danseuse, a été rendue méconnaissable pour interpréter, avec maquillage et 15 kilos supplémentaires, Aileen Wuornos, exécutée en Floride en 2002.

Alors que la beauté est l'obsession du Tout-Hollywood, les Oscars ont le réflexe paradoxal de vouloir apparemment remercier les actrices prêtes à oublier leur vanité pour affirmer leur talent.

Ainsi, en 2003, l'Oscar de la meilleure actrice est allé à Nicole Kidman, qui s'était affublée d'un grand nez pour incarner l'écrivaine Virginia Woolf dans The Hours, et, en 2002, à la charmante Halle Berry, serveuse dépenaillée dans À l'ombre de la haine (Monster's Ball).

«Les jurés [des Oscars] adorent les belles femmes qui sacrifient leur physique pour un film», a expliqué l'expert Tom O'Neil, pour qui la victoire de Charlize Theron dimanche ne fait aucun doute. «C'est le jour de Charlize, elle va gagner», prédit-il.

Charlize Theron, teint satiné, dentition parfaite, regard bleu et corps de déesse, s'est engraissée d'une quinzaine de kilos grâce à un régime de beignets, s'est affublée de dents gâtées et de lentilles de contact marron et s'est laissé maquiller d'un enduit à base de résine. En ajoutant à cela une interprétation pleine de nuances et de sensibilité, tous les ingrédients sont là pour mériter l'Oscar, sept ans seulement après ses débuts d'actrice.

Pour Charlize Theron, élevée dans une ferme sud-africaine, cette récompense fournirait la clé pour sortir définitivement du domaine où elle a jusqu'à présent été cantonnée, celui du personnage de belle fille sans beaucoup d'épaisseur, comme dans Braquage à l'italienne (2003) ou Sweet November (2001).

Déjà récompensée par un Golden Globe, elle a assuré qu'elle ne s'était pas enlaidie juste pour décrocher un Oscar. «J'ai vraiment beaucoup travaillé, et la transformation [physique] n'est qu'un aspect. Si le travail est difficile, quelle que soit l'enveloppe, c'est ce qui compte», a-t-elle dit.

Toutefois, pour gagner l'Oscar, Charlize Theron devra faire oublier une autre performance d'actrice enlaidie, l'Australienne Naomi Watts, cocaïnomane dans 21 grammes.

D'autres actrices se sont enlaidies sans pour autant remporter d'Oscar, comme Renée Zellweger, qui avait alourdi sa silhouette pour Le Journal de Bridget Jones, la sylphide Gwyneth Paltrow, devenue obèse à coups de latex dans L'Amour extra-large (Shallow Hal), ou encore l'Australienne Toni Collette dans Muriel.

Et certains hommes en ont fait autant, comme John Hurt, dans Elephant Man, et le pimpant Brad Pitt, édenté dans Fight Club.

«Hollywood adore les personnages qui essaient de dépasser leur handicap, que celui-ci soit physique ou mental», résume Tom O'Neil, rappelant aussi le rôle de schizophrène joué par Russell Crowe dans Un homme remarquable et l'ancien combattant sur fauteuil roulant de Jon Voight dans Le Retour (Coming Home).