Marc Messier à contre-emploi

Réunis pour un film singulier et complexe, le réalisateur Richard Angers et Marc Messier se sont faits plus légers pour la photo.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Réunis pour un film singulier et complexe, le réalisateur Richard Angers et Marc Messier se sont faits plus légers pour la photo.

Le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT) s’ouvre ce samedi soir avec Le pacte des anges. Présenté en première nord-américaine après avoir été projeté au Festival du film de Busan et au Festival international du film francophone de Namur, ce premier long métrage de Richard Angers met en vedette Marc Messier dans le rôle d’un homme dont l’existence solitaire bascule lorsque deux frères le kidnappent. Débute alors un road-trip où, graduellement, un improbable lien filial se tisse entre la victime et ses agresseurs adolescents. Rencontre avec un réalisateur heureux et un acteur comblé.

« Je voulais réaliser un film intergénérationnel, un film qui mettrait en scène des personnages issus de générations qui ne communiquent pas vraiment entre elles, explique Richard Angers, qui a travaillé sept ans à ce projet. Je voulais aussi parler de paternité et de fraternité dans un contexte de quête de rédemption. Marc a embarqué très tôt dans le processus. Je lui ai envoyé une version préliminaire du scénario un 22 novembre et il m’a répondu le 23 en me disant : “Envoie ça à personne d’autre ! Ça fait des années que j’attends un rôle comme ça !” J’étais content parce qu’à la base, il me semblait que ce n’était pas un rôle habituel pour lui, et c’était le but. Adrien, le protagoniste, est un homme de la terre, de la nature, ce qui n’est pas ce à quoi on associe Marc. »

Une tristesse émouvante

De fait, on rencontre Adrien dans un paysage rocailleux nimbé de brume. Repérant la silhouette empanachée d’un caribou, il pointe sa carabine et tire. Arrivé là où devrait être la dépouille, le sexagénaire aux aguets ne trouve que du sang sur une pierre. Son regard perplexe se fait vague…

Puis, Adrien se réveille dans son bungalow, seul. En quelques scènes courtes, comme autant de traits de crayon, le scénario esquisse le portrait d’un être isolé qui ne sourit que deux fois : lorsque le petit camelot lui amène son journal (qu’il ne lit même pas) et lorsqu’il fouille dans les entrailles du moteur de la vieille bagnole qui trône dans son garage. Il ignore que cette nuit-là, au détour d’une ruelle, il croisera la route de Cédric et William (Émile Schneider et Lenni-Kim Lalande), deux frères dont l’aîné vient apparemment de tuer un homme.

Au gré d’une cavale filmée entre Québec et le parc national de la Gaspésie, le mystère entourant ce méfait s’éclaircit. À l’instar du passé d’Adrien.

« Il y a une tristesse chez Adrien qui m’a beaucoup ému, confie Marc Messier, qui offre ici l’une de ses meilleures interprétations. Le traitement de la paternité… C’est ironique parce que ce scénario-là est l’un des rares que j’ai lus sans m’imaginer en train de jouer le personnage, ce qui est un réflexe normal chez les acteurs. Non, avec ce scénario-là, je me suis juste laissé porter par l’histoire. C’était clair que c’était un récit solide, avec de beaux personnages complexes. Adrien est très gardé ; il ne s’ouvre que petit à petit. »

Question de génération

En cela, ce héros ordinaire, et c’en est un, ressemble à maints hommes de son âge. Ce que voulait Richard Angers, qui précise : « Dans Cédric et William, il y a de ces ados malmenés que j’ai croisés quand je travaillais dans une maison de jeunes. Adrien, lui, est inspiré par mon père et mes oncles : une génération d’hommes qui s’expriment peu, mais qui ont comme des codes entre eux. L’élément de la chasse, central dans le film, vient de là. Dans le temps de la chasse, ils s’animaient ; ils avaient soudain une lueur dans les yeux, comme s’ils devenaient un peu plus vivants. J’ai voulu évoquer ça, entre autres par le thème de la transmission, qui est également central. »

Un banlieusard au quotidien, mais un « gars des bois » dans son for intérieur, Adrien devient davantage un guide qu’un otage pour les deux frères, qui sont orphelins.

« Je n’avais jamais tenu un fusil de ma vie, raconte Marc Messier. J’ai appris le maniement de la carabine, mais aussi à me sentir à l’aise en forêt ; je me suis imprégné de ça parce que c’est là où Adrien est bien. »


Un registre large

Après un silence, l’acteur poursuit : « Autant j’étais ravi que Richard pense à moi, autant ça m’a surpris parce que je n’ai jamais rien joué qui se rapproche de ça. Et dans la vie, je ne dégage pas ça du tout. Toute la dimension renfermée d’Adrien, sa difficulté à exprimer ce qu’il pense et ressent, ça ne me correspond pas non plus. Je suis plutôt extraverti. Et puis, je pense qu’on m’associe surtout à la comédie. »

Certes, Marc Messier demeurera à jamais associé à Broue, à La petite vie et à la saga Les boys, mais il a plus d’une fois démontré son aisance dans le registre dramatique, qu’on pense à Portion d’éternité ou à Grande ourse, séries et film, sans parler de Lance et compte.

Lorsqu’on lui fait remarquer qu’il ne se donne pas assez de crédit, le comédien reste interdit un instant avant qu’on enchaîne sur ses jeunes partenaires Émile Schneider et Lenni-Kim Lalande, pour qui il n’a que de bons mots.

Manifestement, il a plus de mal à recevoir ceux qui lui sont adressés. On repense alors aux paroles de Richard Angers quant aux origines du personnage d’Adrien, et on se dit qu’au fond, quoi qu’il en dise, Marc Messier est un homme de sa génération.