Comme aux premiers jours

Jacques Matte, président et cofondateur du festival
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jacques Matte, président et cofondateur du festival

Samedi s’ouvrira la 35e édition du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Un cru anniversaire qui sera célébré dignement, foi de Jacques Matte, président et cofondateur. Fidèle à son habitude, et en cohérence avec son mandat, le FCIAT proposera une sélection très variée de longs et courts métrages issus tant du documentaire que de la fiction, et en provenance d’un peu partout dans le monde. On célébrera le cinéma actuel, bien sûr, mais on se souviendra aussi de celui d’hier.

Cette idée sera illustrée dès les premiers jours. Présenté en ouverture en première nord-américaine, Le pacte des anges, de Richard Angers, conte les péripéties d’un homme (Marc Messier) et des deux frères qui l’ont kidnappé (Émile Schneider et Lenni-Kim Lalande).

« Toute l’équipe va accompagner le film, précise Jacques Matte. Je suis particulièrement heureux d’accueillir Marc Messier, un chum. Ça doit faire trente ans qu’on essaie de le faire venir, mais entre Broue, la télé et le cinéma, ça n’a jamais adonné. Et puis les petits Schneider et Lalande, ils sont tellement bons ! J’ai hâte que le public découvre le film. »

Cela, c’est le présent.

Dès le lendemain, dimanche, on retournera dans le passé avec la première mondiale de la version restaurée du film Le gros Bill, une coréalisation de René Delacroix et Jean-Yves Bigras datant de 1949. Récit sentimental sur fond de colonisation, cette oeuvre patrimoniale a nécessité des années de dur labeur, sans compter le coût financier, à la société Éléphant : mémoire du cinéma québécois, qui l’a remise en état.

Qu’on ne se méprenne pas : il s’agit d’un événement.

Le monde qu’on aime

Parmi la vingtaine de longs métrages sélectionnés, plusieurs retiennent l’attention, dont Maudie, une première québécoise mettant en vedette Sally Hawkins (Blue Jasmine) et qui relate la vie de la peintre naïve Maud Lewis.

« Celui-là, c’est mon coup de coeur, s’exclame Jacques Matte. Quel personnage ! Les gens vont adorer le film ; je suis certain de ça. »

Et le président du FCIAT d’y aller d’un compte-rendu détaillé de l’intrigue au terme duquel un constat s’impose : sa passion pour le cinéma et son désir de propager celle-ci sont demeurés intacts malgré le passage du temps.

C’est de nouveau manifeste lorsqu’il repart de plus belle à propos du film Tuktuk, un film expérimental que Robin Aubert a tourné au Nunavik et sur lequel il a planché plusieurs années. Une première mondiale.

« Je suis fier qu’on l’ait attrapé, celui-là. C’est le genre de film unique que d’autres festivals auraient sûrement voulu avoir en première. Pis Robin va être là, et Robin, on l’aime. C’est ça aussi, l’avantage de la longévité d’un festival : on peut se permettre d’inviter le monde qu’on aime. »

Rebelote côté emballement avec le drame américain Manchester by the Sea, une première québécoise aussi mettant en vedette Casey Affleck (pressenti aux Oscar) en homme contraint de revenir dans le bled qu’il a fui jadis après le décès de son frère qui l’a nommé tuteur de son fils. Même enthousiasme en parlant de Chocolat, autre première québécoise dans lequel Omar Sy (Intouchables) incarne le premier clown noir de France dans le Paris de la Belle Époque.

Beau problème

Ce faisant, on aborde par la bande la nature hétéroclite de la programmation, sa diversité. Et c’est exactement ce que viennent chercher les cinéphiles non seulement de Rouyn-Noranda, mais de l’ensemble de l’Abitibi-Témiscamingue.

« Plusieurs blocs de projections sont sold-out depuis le jour de la mise en vente. On remplit les salles chaque année, c’est donc dire que l’intérêt du public de la région est toujours là. Et on reçoit de plus en plus de touristes ; des gens de l’extérieur qui viennent spécialement pour le festival. En fait, il y a ce projet d’agrandissement du Théâtre du cuivre [où se déroule l’essentiel des projections] sur lequel on compte. Le soutien du public cause un problème d’espace. C’est un maudit beau problème, on s’entend. »

La rançon du succès, en somme.

À signaler, enfin, que cette 35e édition sera dédiée à deux disparus chers à la région : le réalisateur André Melançon, un natif de Rouyn-Noranda qui avait gardé des liens privilégiés avec le festival, et Michel Pageau, fondateur du refuge Pageau pour animaux blessés et « homme qui parlait avec les loups ».

Le FCIAT se déroulera jusqu’au 3 novembre. On y sera.

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