«Toni Erdmann», Louve d’or au 45e FNC

La réalisatrice de «Toni Erdmann», Maren Ade, aux côtés d’un des personnages de son film, lors de son passage à Cannes en mai dernier.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse La réalisatrice de «Toni Erdmann», Maren Ade, aux côtés d’un des personnages de son film, lors de son passage à Cannes en mai dernier.

Le film de l’Allemande Maren Ade, Toni Erdmann, coup de coeur de la Croisette à qui plusieurs prédisaient la Palme d’or cannoise en mai dernier, aura dû attendre le Festival du nouveau cinéma de Montréal avant de recevoir les honneurs dus à son rang. Cette grinçante comédie sociale et générationnelle, portée par des dialogues ciselés et des confrontations loufoques père-fille, emportait samedi soir non seulement la Louve d’or du meilleur long métrage en compétition, mais valait en outre au brillant interprète autrichien Peter Simonischek, dans son rôle de père entre humour et humanité, le laurier d’interprétation, hommes et femmes confondus.

Mister Universo, des cinéastes Tizza Covi et Rainer Frimmel, en plongeant dans l’univers baroque et essoufflé d’artistes forains de cirques itinérants, recevait de son côté une mention spéciale à la Louve d’or.

Polémique

Malgré une polémique en cours de festival déplorant la sous-représentation des réalisatrices à la sélection du FNC, c’était la soirée des dames avec les plus grandes distinctions décernées dans leurs rangs. D’autant plus que la cinéaste Ashley McKenzie de l’île du Cap-Breton remportait le Grand Prix Focus Québec/Canada, pour Werewolf, une poignante incursion dans l’univers de deux jeunes junkies, qui tentent de sortir la tête de l’eau au milieu de l’indifférence générale.

À la cérémonie de clôture à l’Impérial, samedi soir, le directeur de la programmation, Claude Chamberlan, s’est dit outré par cette polémique, quand le FNC a participé à la découverte de grandes cinéastes, de Jane Campion à Patricia Rozema, en passant par la Québécoise Paule Baillargeon : « Mais pas question de remettre en cause la qualité des œuvres en sélection qui prime tout ! », a-t-il lancé.

Monique Simard, à la tête de la SODEC, félicita l’équipe du festival pour avoir su, au fil des ans, se renouveler grâce à une programmation audacieuse. Le directeur général du FNC, Nicolas Girard Deltruc, ravi de sa 45e édition, précisa que le rendez-vous avait enregistré un nouveau record d’audience cette année.

Le prix de l’innovation Daniel Langlois couronnait The Student, du Russe Kirill Serebrennikov, abordant la crise mystique d’un jeune exégète de la Bible, dégénérant en fanatisme religieux. Tandis que le Québécois Vincent Biron repartait avec le prix du public Temps 0 pour son drôle et impertinent Prank, film acidulé sur les blagues idiotes et libératrices d’une jeunesse désoeuvrée.

The Sun, the Sun Blinded Me, des Polonais Wilhelm et Anka Sasnal, a reçu le prix de l’AQCC pour son regard poétique sur le racisme ordinaire dans la crise des migrants, inspiré de L’étranger de Camus.

Courts métrages

Versant courts métrages Undisclosed Recipients, du Portugais Sandro Aguilar, qui traque en silence l’aliénation de participants d’un festival de musique, est lauréat du Loup argenté du meilleur court métrage de la course, avec mention spéciale au fascinant Vaysha, l’aveugle du cinéaste d’animation Québécois Théodore Ushev.

Raphaël Ouellet s’illustre cette fois au court métrage en reportant le laurier du court dans la section Focus Québec/Canada.

Le prix FNC Explore portant sur des oeuvres de réalité virtuelle, a couronné Notes on Blindness, production collective France/Royaume-Uni, qui nous entraîne dans une expérience immersive de cécité. Alors que le grand prix Innovation coiffait La Péri, du Français Balthazar Auxiètre, pas de deux dans l’univers du conte et des enchantements, Patterns de Pierre Friquet, une production Québec-Canada-France de haute plongée dans un traumatisme d’enfance, a reçu pour sa part le prix Immersion. En tenant sa statuette, Pierre Friquet a lancé une phrase-choc amusante ou inquiétante, c’est selon : « Le cinéma est la préhistoire de la réalité virtuelle. » À lui le mot de la fin.