«Un ours et deux amants» — L’amour sorcier

Les personnages principaux se sont retrouvés dans le Grand Nord, beau mais sans pitié.
Photo: Films Séville Les personnages principaux se sont retrouvés dans le Grand Nord, beau mais sans pitié.

C’est un lieu froid et inhospitalier. Beau, mais sans pitié. Pour y vivre, il faut y être né. Ou avoir voulu y fuir quelqu’un, quelque chose… Tous deux venus du Sud, Roman et Lucy se sont trouvés dans ce Grand Nord n’ayant rien à voir avec les images romantiques d’Esquimaux dans leurs igloos. Cela n’a pas empêché leur amour de fleurir sur la banquise. Combustible, leur liaison ; volatile, aussi. Chacun aux prises avec ses démons, les amants ont soif d’apaisement autant que d’absolu. Lancés en motoneige sur la vaste étendue blanche, Roman et Lucy foncent vers un avenir incertain…

Cinéaste doué pour la forme, Kim Nguyen a toujours ancré ses récits dans des endroits dotés d’un riche potentiel d’évocation. On pense au décor paysan de conte de fées dans Le marais et à la métropole rétrofuturiste de Truffe, premiers films extravagants aux mille trouvailles visuelles, mais aussi au village creusé à même la montagne de La cité.

Et c’est sans parler des paysages de l’Afrique subsaharienne de Rebelle. Avec ce film, le cinéaste a délaissé ses mondes plus ouvertement mythiques ou fantastiques, mais il a renforcé ses penchants pour le surnaturel et le réalisme magique, parti pris qui colore d’une manière ou d’une autre toutes ses histoires. Celle d’Un ours et deux amants ne fait pas exception.

Guérison psychique

Or, étonnamment, le premier constat qui se dégage du film n’a rien à voir avec la forme et tout à voir avec le fond. À savoir que le romantisme désespéré sied à ravir à Kim Nguyen. Déjà exploré dans Rebelle par le biais de l’idylle entre la protagoniste enfant-soldat et le garçon albinos, « l’amour sorcier », pour demeurer dans l’esprit du cinéma de l’auteur, est de nouveau envisagé comme vecteur de guérison psychique.

À la différence qu’avec Un ours et deux amants, le cinéaste trouve sa poésie narrative dans l’inéluctabilité du dénouement. Lequel tarde à venir et s’étire un brin une fois arrivé, malheureusement, mais a pour lui une logique mystique prégnante.

Cruel paradoxe

Autre atout : l’interprétation à fleur de peau de Dane DeHaan (Metallica : Through the Never), l’homme qui, non seulement a vu l’ours, mais parle à l’ours, et Tatiana Maslany (Orphan Black), qui est pour sa part hantée — littéralement — par le fantôme de son père. Ensemble, ils composent un couple d’écorchés mémorable.

À la direction photo, Nicolas Bolduc parvient à capter la splendeur de l’Arctique, en surface, autant que sa cruauté, sous-jacente.

C’est d’ailleurs là la nature paradoxale de l’amour qui embrase les deux amants. Un amour qui réchauffe, puis consume.

Un ours et deux amants (V.F. de Two Lovers and a Bear)

★★★ 1/2

Drame de Kim Nguyen. Avec Dane DeHaan, Tatiana Maslany, John Ralston. Canada, 2016, 96 minutes.