Des films d’amour et d’anarchie

«American Honey» de la Britannique Andrea Arnold, un «road movie» dans l’Amérique profonde
Photo: FNC «American Honey» de la Britannique Andrea Arnold, un «road movie» dans l’Amérique profonde

C’est mercredi que démarre le 40e Festival du nouveau cinéma avec Two Lovers and a Bear de Kim Nguyen, film initiatique au milieu des glaces de l’Arctique dont la Quinzaine des réalisateurs avait eu la primeur à Cannes.

Cette édition du FNC sera particulièrement éclatée, chose certaine, avec le volet FNC Explore, ouvrant une très large porte à la réalité virtuelle.

Toutes les images en mouvement sont bienvenues à ce rendez-vous, sans négliger pour autant le cinéma dit classique : les films eux-mêmes, souvent (mais pas uniquement) une sorte de florilège des meilleures productions de l’année, ayant fait ou non la tournée des grands festivals. Le Devoir en a vu quelques-unes ici ou ailleurs, dont on fait un premier survol à travers des oeuvres souvent politiques ou initiatiques. Un second suivra mardi prochain.

Death in Sarajevo de Danis Tanovic, lauréat du Grand Prix du jury à la dernière Berlinale.

Le cinéaste bosniaque de l’oscarisé No Man’s Land sert une nouvelle allégorie avec Death in Sarajevo, campé dans un hôtel, épicentre de toutes les déroutes et de tous les silences entourant la Guerre des Balkans, vivace dans l’âme collective. Entre anarchie et corruption, le film se révèle une satire noire et aiguisée des lendemains qui déchantent en Bosnie-Herzégovine.

American Honey de la Britannique Andrea Arnold. Prix du jury à Cannes.

Ce road movie dans l’Amérique profonde met en lumière une brillante nouvelle venue, Sasha Lane, et un acteur de renom à son meilleur : Shia LaBeouf. Ce film très dynamique, surtout les scènes de ce duo choc, offre l’envers du rêve américain, à travers des gourous de la vente sans scrupule et des adolescents paumés et crédules partis en voyage de désillusion. Certains trouvent le film trop répétitif, mais ce rythme incantatoire sert le propos désenchanté d’une oeuvre moderne et percutante.

Déserts de Charles-André Coderre et Yann-Manuel Hernandez.

À travers une fiction d’une grande beauté formelle, des images souvent retravaillées et une recherche exploratoire suivant les traces de Gus Van Sant dans Gerry, les cinéastes québécois se sont aventurés avec leurs deux personnages dans le désert de Death Valley en Californie. Avec des références à Zabriskie Point d’Antonioni et à Easy Rider de Dennis Hopper, le film, auquel il manque une trame narrative solide, montre l’exploration et la dérive d’un homme et une femme dans le désert. À voir pour le traitement psychédélique et onirique très réussi.
 

Christiana, grand rectum de l’Université de foulosophie de François Gourd

À travers les happenings dont il a le secret, François Gourd marie la communauté utopiste de Christiana à Copenhague à sa bande de foulosophes. Entre le Danemark et Montréal, des liens se tissent, François Gourd officie en habit de clown et tout le monde chante le goût de la liberté.

Photo: Source FNC «Christiana, grand rectum de l'Université de foulosophie» de François Gourd

Toni Erdmann de Maren Ade

Coup de coeur des festivaliers à Cannes, cette fine et désopilante comédie de l’Allemande Maren Ade repose sur un exceptionnel duo d’acteurs : Peter Simonischek et Sandra Hüller. Ce lien père-fille entre un homme farfelu au grand coeur et sa fille femme d’affaires à qui il fait honte est d’une originalité transcendante. Des gags situationnels hilarants (un party inoubliable), entre l’Allemagne et la Roumanie, alternent avec de grands moments de tendresse, qui nous font oublier quelques longueurs.

Neruda de Pablo Larraín

Le cinéaste de No et d’El Club, en abordant la trajectoire de Pablo Neruda, poète et communiste chilien en pleine guerre froide, livre un bijou. Avec un mélange de lyrisme, d’humour noir et de thriller, on voit Neruda, incarné par Luis Gnecco, pourchassé avec sa femme à travers le Chili par un inspecteur féroce incarné par Gael García Bernal. La sophistication de l’image souvent sombre aux cadrages superbes, le climat quasi irréel nous plongent dans une fable sur l’artiste et son double qui trouble et envoûte.

Merci patron ! de François Ruffin

Documentaire surprise en France par son montage vivant, ses personnages colorés, sa délicieuse insolence, Merci patron ! de François Ruffin lance sur son ring un couple d’ouvriers au chômage après fermeture d’usine et le grand patron au sommet de l’entreprise : Bernard Arnault. Combat de David contre Goliath, celui-ci donne l’occasion d’admirer des figures de résistance hautes en couleur, dont celle d’une religieuse qui n’a pas la langue dans sa poche.