«Juste la fin du monde» de Xavier Dolan, choix du Canada aux Oscar

Le réalisateur Xavier Dolan a vu son dernier film être choisi pour représenter le Canada aux Oscars. À l’arrière-plan, sa productrice Nancy Grant
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le réalisateur Xavier Dolan a vu son dernier film être choisi pour représenter le Canada aux Oscars. À l’arrière-plan, sa productrice Nancy Grant

C’est le film de Xavier Dolan, Juste la fin du monde, lauréat du Grand prix du jury à Cannes et du laurier oecuménique, qui se voit retenu par le Canada pour représenter le pays dans la course au meilleur film en langue étrangère.

Coproduit avec la France, adaptant la pièce du défunt Jean-Luc Lagarce avec brio, mettant en scène une myriade de stars de l’Hexagone : Marion Cotillard, Vincent Cassel, Gaspard Ulliel, Léa Seydoux et Nathalie Baye, tourné avec force gros plans, ce huis clos aborde la difficile confrontation d’un jeune artiste avec sa famille après douze ans d’absence. « Juste la fin du monde a été une expérience extrêmement riche », a déclaré le cinéaste. La coproductrice du film Nancy Grant l’a remercié pour sa confiance et pour sa détermination. Elles ouvrent toutes les portes.

Xavier Dolan arrive du marathon de sa tournée promotionnelle en France. « Ça a été extraordinaire d’entrer en contact avec le public, d’aller à la rencontre des fans et de revenir aujourd’hui pour apprendre cette nouvelle enthousiasmante, a-t-il lancé vendredi. On me confie une responsabilité pour satisfaire les attentes. Ça vient avec autant de bonheur que d’espoir. »

Huit finalistes

Le jury pancanadien a choisi Juste la fin du monde, sur nos écrans depuis le 21 septembre, parmi huit finalistes. On saura le 26 février prochain s’il atterrit au nombre des cinq oeuvres en nomination dans cette catégorie. C’est la troisième fois qu’un des films de Dolan est le choix du Canada aux Oscar, après J’ai tué ma mère (2009) et Mommy (2014). Le réalisateur a dit aborder l’expérience « avec moins de candeur, mais autant de joie ». Car il y a loin de la coupe aux lèvres. Comme Canadien, seul Denys Arcand a remporté la statuette, en 2004 pour Les invasions barbares.

La directrice de Téléfilm, Carolle Brabant, estime qu’une magnifique aventure américaine s’annonce pour Juste la fin du monde et son réalisateur. Elle a rappelé la forte présence passée des films québécois en nomination pour le meilleur film en langue étrangère, dont au cours de la dernière décennie Incendies de Denis Villeneuve en 2007, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau en 2012 et Rebelle de Kim Nguyen en 2013.

Aux yeux de Xavier Dolan, l’expérience cannoise, sous des critiques américaines parfois sévères, est derrière lui et sa stratégie d’accompagnement de Juste la fin du monde aux États-Unis sera une aventure distincte. « Ça ne s’inscrit pas dans la continuité de Toronto ni de Cannes avec une constellation d’opinions de critiques. Ce sera une campagne de visibilité. »

Préparer le terrain

L’incursion en sol américain pour la campagne des nominations aux Oscar lui permettra d’aborder par la bande son prochain film, The Death and Life of John F. Donovan, mettant en vedette des stars comme Jessica Chastain, Natalie Portman, Kathy Bates, Susan Sarandon, Kit Harington, etc., et destiné en partie à une diffusion aux États-Unis.

« C’est sûr que la conjoncture est bonne, estime-t-il. C’est agréable et souhaitable que ce film [Juste la fin du monde] puisse élargir le paysage dans lequel on insère John. F. Donovan, en approchant un terrain un peu inconnu. » La moitié de ce film en anglais est déjà tournée ; le plateau reprendra vie au printemps, pour une sortie prévue à l’automne 2017.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 24 septembre 2016 05 h 01

    ???

    Tout comme avant pour se conformer à l'international, de cette stratégie politique toute étroite, en deviendra-t-il donc avec Xavier Dolan comme il est fut, comme il en est avec Charlebois, Céline, Garou et combien d'autres qui acceptent de porter l'identité d'un pays canadien qui ne cesse tant de mépriser leur propre peuple, qu'il en fonde sa négation d'un droit démocratique des plus fondamental : celui-là de pouvoir décider seul de son propre avenir politique, du contrôle de son territoire et de son désir d'avoir pour langue commune le français ?
    Ce qui n'a toutefois jamais marché avec beaucoup, elles et eux qui n'y ont jamais cédé pour en obtenir quelque avantage ou aura de génie absolu que ce soit, comme pour tous nos fiers Félix, Sol, Raymond Lévesques, Ferland, Cowboys Fringuants, Linda Lemay et plusieurs autres enfants de l'esprit droit et inébranlable du grand Gilles Vignault...
    En somme, à ce sujet, la question essentielle pour nous et pour l'opposition canadienne de plus en plus ouverte à la représentation internationale de la légitimité politique québécoise sur notre territoire et nos droits, n'est-elle pas de voir si la manigance de communication canadienne (celle de faire porter un drapeau du Canada à Xavier Dolan illustrant la subordination "naturelle et souhaitée" au Canada de l'identité québécoise de ceux et celles qui réussissent à l'échelle mondiale...) fonctionnera ou pas ?
    Machiavel n'écrivait-t-il pas lui-même que ce qui lui échappe au pouvoir, ici ce dernier étant canadien et son sujet étant la réussite internationale de plusieurs Québécois, est une occasion idéale pour donner l'occasion au pouvoir en question de présenter les choses de manière à ce qu'on perçoive que cette réussite lui est dûe...?
    Xavier Dolan le Québécois, point ?
    Ou Xavier Dolan le Québécois-canadien ?
    Se laissera-t-il attraper, ou pas ?
    N'est-il pas déjà dans le filet canadien qui se referme de plus en plus sur nous tous, grandes stars ou humbles ?
    Qui vivra verra..