Western à la sauce contemporaine

Place au film d’action et de testostérone truffé de «stars» qui livrent la marchandise, sans plus.
Photo: Columbia Place au film d’action et de testostérone truffé de «stars» qui livrent la marchandise, sans plus.

Comparer The Magnificent Seven d’Antoine Fuqua (Training Day)aux deux films qui l’ont précédé — le western du même nom de John Sturges en 1960 et surtout Les sept samouraïs d’Akira Kurosawa, chef-d’oeuvre du septième art qui engendra plusieurs remakes —, c’est affronter la déception. Adapter des classiques est toujours risqué.

Mais ce Magnificent Seven, quoique trop neutre pour faire date, constitue un exemple intéressant des nouvelles tendances western. Il s’inscrit après la révolution désormais ancienne des westerns spaghettis, puis la réappropriation du genre entre autres par Tarantino, avec Django Unchained et The Hateful Eight, en un second degré encore plus affirmé et avec force gros plans. Ajoutez les revendications multiculturalistes…

Fuqua n’a pas le talent de Tarantino ni des frères Coen dans True Grit, mais il procède de leur imaginaire, et la caméra de Mauro Fiore s’en donne à coeur joie dans la caricature. Si les paysages dans ces régions frontalières du Mexique sont moins intimes, plus magnifiés que dans le film de Sturges, The Magnificent Seven version 2016 se colle davantage à ce film, même si Fuqua revendique avant tout l’ADN de celui de Kurosawa.

Voici donc revisitée, avec Denzel Washington en chef des mercenaires, cette histoire de villageois persécutés par un richard sans foi ni loi qui font appel à des truands pour assurer leur protection. Ceux-ci finissent par se découvrir une conscience, à force d’aider la veuve et l’orphelin.

Place au film d’action et de testostérone truffé de stars qui livrent la marchandise sans viser le prix d’interprétation : Washington en commandant de la petite troupe, mais aussi Chris Pratt en joueur et soiffard, Sarsgaard en sombre vilain, etc., chacun tient sa partie avec les honneurs, quoique sans étincelles. Avec, signe des temps, des cow-boys issus de cultures diverses : un Afro-Américain (Washington), un Chinois (Byung-hun Lee, aux impressionnants lancers de dague), un Mexicain (Manuel Garcia-Rulfo), un Comanche peinturluré (Martin Sensmeier, qui semble échappé d’un siècle précédent), un ours mal léché (Vincent D’Onofrio). Ethan Hawke représente l’image classique du truand cow-boy, et une femme, Haley Bennett, se joindra à l’escouade des vengeurs, pour un rôle tout à fait inutile et mal développé.

Sinon, ça joue du gun, ça se rue sur leurs proies au galop, et plus le film avance, plus l’action explose. Le cinéaste est capable de créer une mécanique psychologique (chaque personnage a son moment de gloire) et de maintenir sa tension dramatique jusqu’à l’apothéose.

The Magnificent Seven est bien exécuté, sans émouvoir pour autant. Une coche de plus, on aurait pu parler d’un vrai bon film, mais il manque une densité et une charge allégorique qui faisaient la force des films de Kurosawa et de Sturges. Quand même, cette production d’action de qualité est aussi une curiosité, par la sauce contemporaine dans laquelle baigne ce western.

Les Sept Mercenaires (V.F. de The Magnificent Seven)

★★★

Western d’Antoine Fuqua. Avec Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke, Byung-hun Lee, Vincent D’Onofrio, Manuel Garcia-Rulfo, Martin Sensmeier, Haley Bennett et Peter Sarsgaard. États-Unis, 2016, 133 minutes.