Michel Blanc, acteur dialoguiste

«Un petit boulot» met en scène les acteurs Romain Duris, Alice Belaïdi et Michel Blanc.
Photo: Yohan Bonnet Agence France-Presse «Un petit boulot» met en scène les acteurs Romain Duris, Alice Belaïdi et Michel Blanc.

La comédie sociale Un petit boulot connut un étrange destin. Son cinéaste, le Français Pascal Chaumeil, était très malade, sans avoir avoué à son équipe à quel point, puis mourut, à 54 ans, en août 2015, d’un cancer, juste après avoir terminé le film. Le scénariste et acteur Michel Blanc fut d’autant plus sidéré par l’annonce de son décès qu’il lui avait parlé trois jours auparavant. « Je le croyais en convalescence d’une maladie comme l’hépatite, déclare-t-il, de Paris, au bout du fil. Pascal avait occulté cette menace, désirait mener le film à bon port et y arrivait parfaitement. S’il en avait parlé, on aurait cherché à le ménager. » Ultime délicatesse de cinéaste. Courage aussi…

Car ce film faillit avorter plusieurs fois, et non à cause de l’état de santé de son maître d’oeuvre. Quand l’acteur et cinéaste français Michel Blanc fut sondé par le studio Gaumont pour être scénariste et dialoguiste d’un film adapté d’un roman de l’Américain Iain Levison, il a hésité. Ce n’était pas faute d’apprécier Since the Layoffs (Un petit boulot), mais l’action se déroulait dans une ville industrielle des États-Unis appauvrie par la crise économique (genre Detroit) et il ne voyait pas trop comment la transposer en France.

« Le personnage que je joue était un bookmaker, comme nous n’en avons pas chez nous, et l’action se déroulait dans une Amérique profonde, avec des personnages dont les comportements paraissaient parfois illogiques. Or, en France, on demeure très cartésiens… rappelle l’interprète de Monsieur Hire et de Tenue de soirée. Le cinéma est plus réaliste que la littérature, laisse moins de place à l’imagination. »

Il confie avoir avancé, reculé, jonglé « avec ce mélange de revendication sociale et de comédie noire », avoir décidé d’abandonner, puis repris le ballon. L’ancien membre de la fameuse troupe du Splendid, le cinéaste de Grosse fatigue et d’Embrassez qui vous voudrez, s’est alors attelé à la tâche, empilant version sur version. Scénariser le film passait encore. « Mais je n’ai pas voulu le réaliser. Comme cinéaste, j’ai fait des comédies, or celle-là possède un fond social et je n’avais pas envie de brouiller les pistes. »

Il estime que Pascal Chaumeil (le cinéaste de L’arnacoeur) a été conforme à ses lignes d’écriture. « Je ne m’attendais surtout pas à incarner le personnage du malfrat, n’ayant jamais joué ce type de rôle, mais celui-là est ambigu, avec des zones de fragilité inattendues. J’aime travailler un personnage qui ne fait pas ce qu’on attend de lui. »


Humour décalé

Un petit boulot met en scène Romain Duris (vedette de L’arnacoeur) en ouvrier au chômage dans une ville où l’usine principale a fermé après un licenciement boursier. Sa compagne le quitte, ne lui laissant que ses yeux pour pleurer. Et voilà qu’un caïd non dénué de classe (Michel Blanc) lui offre un contrat de tueur à gages (occire sa propre femme), puis un autre. Il a beau préférer la petite job pas payante avec les amis, le voici devenu un as de l’assassinat.

Le producteur français n’a pas trouvé le financement au pays. Finalement, Un petit boulot a été tourné en Belgique grâce à un coproducteur du plat pays. C’est le cadre où spontanément Michel Blanc avait d’abord imaginé la transposition de l’action, pas juste à cause des villes industrielles, nombreuses là-bas, mais pour l’humour décalé des Belges, collé à ces personnages. « Les Belges ont de la fantaisie, un surréalisme, une liberté. On devait tourner dans le nord de la France, mais la Belgique s’y prêtait bien. »

Pour la première fois, Michel Blanc donnait la réplique à Romain Duris, dans des incarnations aux antipodes, l’un glacial et calculateur, l’autre joyeusement décalé. « Je n’ai rien eu à voir dans le casting, mais les choix étaient excellents. »

Acteur réclamé partout, Michel Blanc n’avait pas touché à la réalisation depuis 2002, avec Embrassez qui vous voudrez. Mais il a écrit un scénario. « Pas une suite à ce film-là, que j’avais adapté du roman de Joseph Connolly, plutôt un texte original dans lequel j’ai repris les mêmes personnages en imaginant une autre histoire, assez échevelée. »

Embrassez qui vous voudrez, qui connut un grand succès, faisait s’entrecroiser deux couples et leurs enfants, une faune exubérante et explosive. « Je croise les doigts,dit Michel Blanc, étant en attente de l’acceptation des trois mêmes actrices, dont je ne peux me passer. » Embrassez qui vous voudrez mettait le cinéaste en scène, aux côtés de Jacques Dutronc, de Mélanie Laurent, de Carole Bouquet, de Charlotte Rampling, de Lou Doillon, etc. Les réponses des interprètes sont pour bientôt, et ce film compte beaucoup pour lui. Le téléphone lui chauffe les mains.

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