À 15 ans, le Cinéma Beaubien entend durer

La marquise du cinéma beaubien, en 2012
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La marquise du cinéma beaubien, en 2012

Ce mardi soir, en présence de personnalités culturelles et politiques, on festoie au Cinéma Beaubien avant la projection de Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, en 35 mm. « On est là pour rester, assure son directeur général, Mario Fortin. Notre business est cyclique et fragile, mais ne disparaîtra pas de sitôt. »

Premier événement-bénéfice du temple cinéphilique, rencontre bilan, annonces diverses : le Beaubien offrira à ses clients, pendant les Fêtes, une carte conjointe avec le Cinéma du Parc (que Mario Fortin dirige aussi depuis trois ans). Un nouveau logo intègre le Cinéma du Parc dans sa signature, un magazine unique marie la programmation des deux cinémas, un nouveau site Web se dessine.

Coin Beaubien/Louis-Hébert, ce cinéma fait mentir ceux qui enfoncent le clou du déclin d’une clientèle au grand écran avec 25 % de taux d’occupation, un chiffre énorme en la matière. « On sera encore là dans quinze ans, promet le directeur. Notre chiffre d’affaires a augmenté cette année de 4 %. Notre clientèle est vieillissante, soit, mais les jeunes adultes qui élèvent une famille n’ont ni le temps ni l’argent pour les spectacles ni pour le cinéma, sauf pour les cartoons de Disney. Ils se reprennent plus tard. »

Pas question !

Construit en 1937, ce cinéma fut rebaptisé Dauphin en 1960 en passant sous la bannière Cineplex Odéon. Puis la chaîne avait périclité au début du millénaire. Le temple cinématographique se préparait à fermer, mais les citoyens de Rosemont–Petite-Patrie ne l’entendaient pas de cette oreille : renoncer à leur cinéma ? Pas question ! « On a voulu le sauver », évoque Mario Fortin.

En septembre 2001, il en prenait la direction générale sous l’égide de la Corporation du Cinéma Beaubien, entreprise d’économie sociale sans but lucratif, avec actions combinées des gens de l’industrie, du quartier, du monde des affaires. Le Beaubien s’est adjoint deux salles en 2008, et en gère cinq. Reste à restaurer la marquise, à refaire les fauteuils. Ça viendra !

Le maître des lieux égratigne le mythe de la perpétuelle clientèle de quartier : « Entre 20 % et 25 % de nos habitués proviennent des trois ou quatre kilomètres aux alentours. Le reste d’un peu partout, jusqu’à Laval, la Rive-Sud, etc. »

L’avenir ?

Au début, des gens me disaient : « Il n’y a plus d’avenir pour le cinéma. Aujourd’hui c’est le DVD. Or, le DVD a à peu près disparu de la carte. Désormais, j’entends : c’est Netflix, mais Netflix n’est pas gratuit, c’est un abonnement. Quant au piratage des films, il est beaucoup moins important qu’autrefois et concerne surtout les séries, Game of Thrones et compagnie. Bien sûr, les nouvelles plateformes sont là, mais le grand écran a ses adeptes. »

Ses heures sombres ? « En 2013, les films n’étaient pas bons. On a connu un gros creux, une baisse de fréquentation de 20 %. » Mario Fortin en parle comme de la période la plus noire de son administration.

Puis la courbe de qualité a remonté. À ses yeux, c’est l’offre, en buffet hallucinant, qui draine sa part de mystère ; « Comment un film devient-il un succès ? Quatre ou cinq autres en arrachent à côté… »

La fermeture d’Excentris l’an dernier n’a pas entraîné de hausse significative de clientèle au Beaubien, un peu au Cinéma du Parc.

À quoi rêve Mario Fortin pour son cinéma à l’horizon des cinq prochaines années ? « Je souhaite continuer à fidéliser notre clientèle et être capable de travailler sur celle des jeunes. J’aimerais avoir un autobus scolaire rempli d’élèves en face du Beaubien. »