«Ceux qui font les révolutions…» élu meilleur film canadien

«Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau» est une œuvre ardente et poétique, sur les lendemains de l’effervescence des carrés rouges, qui allie une exploration des idéaux de la jeunesse à des audaces formelles.
Photo: TIFF «Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau» est une œuvre ardente et poétique, sur les lendemains de l’effervescence des carrés rouges, qui allie une exploration des idéaux de la jeunesse à des audaces formelles.

Le film des Québécois Mathieu Denis et Simon Lavoie au titre démesuré Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau (citation de Saint-Just) a remporté dimanche le prix du meilleur film canadien au 41e TIFF, parmi 27 concurrents.

Cette oeuvre ardente et poétique, sur les lendemains de l’effervescence des carrés rouges, allie une exploration des idéaux de la jeunesse à des audaces formelles.

Ceux qui font les révolutions… dure plus de 3 heures. « Le film le plus long de l’industrie du cinéma québécois, explique Simon Lavoie, mais généreux, dans la continuité de Laurentie. »

Pour la seconde fois ensemble aux commandes d’un film après cet intransigeant Laurentie, ils avouent être passés au TIFF par toute la gamme des émotions. Il faut dire qu’à la première du film de nombreux spectateurs avaient quitté la salle rapidement ou à l’intermède, à cause des nombreuses scènes de nudité, de la présence d’une transsexuelle (Gabrielle Tremblay, vraie trans, dont ils voulaient montrer la liberté hors normes, sans en faire un enjeu), à cause des positions politiques extrémistes revendiquées par les personnages, etc. Un accueil qui secoue, qu’on le veuille ou non.

« D’autres ont applaudi. Le film polarise, déclare Mathieu Denis. Chose certaine, on l’a fait sans compromis, sans complaisance. » On devait à ce cinéaste Corbo, retour inspiré sur la crise d’Octobre. Simon Lavoie avait réalisé seul Le torrent, d’après l’oeuvre d’Anne Hébert. À quatre mains, ils apprécient le fait de se confronter au regard de l’autre.

Regards sur une société inachevée

Sur l’écran de Ceux qui font les révolutions…, quatre jeunes gens qui n’ont pas digéré le désengagement de leurs troupes. Cinq ans après le printemps érable, ils entreprennent de brasser la cage. Des documents d’archives, des discussions avec les parents, une prise de position politique mariée à plusieurs formes d’expressions artistiques nourrissent cette oeuvre lucide et éclatée. Le film déborde de la crise des carrés rouges pour poser un regard sur le Québec entier, d’hier à demain. « Une société inachevée », comme la définit Simon Lavoie.

Ils ont mis en scène de jeunes comédiens, parfois pour leurs premiers pas devant l’écran. Les cinéastes militent eux-mêmes en faveur de l’engagement politique. « Les choses vont changer quand tout le monde se prendra en main, estime Mathieu Denis. Pas seulement les jeunes. On porte tous la responsabilité de l’inachèvement. »

Heureux d’atterrir au TIFF dans la section Platform, tous deux étaient quand même conscients de rouler dans une énorme machine avec vedettes, leur oeuvre à petit budget sous le bras, en fin de course après que plusieurs journalistes eurent déjà levé le camp. Ils étaient passés quelque peu sous le radar.

Soudain au palmarès du TIFF, bingo, ce laurier du meilleur film canadien. Voilà qui braque l’attention de façon inespérée sur une oeuvre importante, mais pas facile. Quant à la bourse de 30 000 $ qui y est assortie, elle ne fera pas de tort à ceux qui ne s’étaient rien versé pour réaliser le film auquel ils croyaient.

Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau sera présenté au Festival du nouveau cinéma, en piste du 5 au 16 octobre et prendra l’affiche en salles le 3 ou le 10 février prochain.

Autres lauriers

C’est sans surprise que La La Land, comédie musicale de Damien Chazelle (Whiplash) délicieusement rétro bonbon, a remporté le Prix du public. Ce pas de deux entre Ryan Gosling et Emma Stone (couronnée à Venise pour cette interprétation) dans un Los Angeles où les jeunes héros caressent des rêves artistiques, lui comme musicien de jazz, elle comme comédienne, avance bon train vers une consécration aux Oscar. Des films déjà plébiscités au TIFF (Slumdog Millionaire, The King’s Speech, 12 Years a Slave) s’étaient retrouvés au sommet des choix de l’Académie.

Quant à Jackie, biopic de Pablo Larraín sur Jackie Kennedy-Onassis avec Natalie Portman, il a remporté les honneurs dans la catégorie Platform. La critique internationale (FIPRESCI) primait pour sa part I Am Not Madame Bovary, de Feng Xiaogang, fable sur le divorce à la chinoise.

En cette cuvée du TIFF où les questions raciales étaient partout, le choix du public au meilleur documentaire est allé à l’Haïtien Raoul Peck pour I Am Not Your Negro, regard radical sur la condition des Noirs dans l’Amérique d’aujourd’hui.