Les Rendez-vous du cinéma québécois à la Cinémathèque - Un geste qui clôture en beauté

La Beauté du geste. Réalisation: Jeanne Crépeau. Caméra: Jeanne Crépeau, Jacques Leduc. Documentaire. Film de clôture des Rendez-vous du cinéma québécois, aujourd'hui et demain à 19h et 21h à la Cinémathèque, puis du 24 au 29 février au même endroit.

C'est La Beauté du geste de Jeanne Crépeau qui clôture aujourd'hui les Rendez-vous du cinéma québécois avant de gagner l'écran de la Cinémathèque, même si personne là-bas n'a le coeur à la fête.

Il est presque ironique de voir ce film-hommage aux 40 ans de la Cinémathèque sortir à l'heure où cette institution traverse sans doute la période la plus éprouvante de son histoire: salaires coupés, projections arrêtées tout l'été prochain, postes à sacrifier, etc.

À l'instar de bien d'autres cinéastes québécois, Jeanne Crépeau est une enfant de la Cinémathèque. Au début du film, sa voix hors champ raconte comment elle y a découvert, sur les mauvais fauteuils de l'époque, le film d'Arcand, On est au coton, alors qu'elle n'avait pas 18 ans. Plus tard, le cinéma l'a rejointe.

Une vocation

de conservation

En une mise en contexte, La Beauté du geste remonte le parcours de la conservation des films en France avec Henri Langlois, en Belgique et ailleurs. Dès 1929, l'arrivée du parlant condamnait à mort bien des films muets, dont certains ont dû leur survie à des cinéphiles passionnés.

Mais c'est la Cinémathèque québécoise qui tient la vedette ici, son histoire bien sûr, depuis sa naissance en 1963, ses déménagements successifs et surtout sa vocation de conservation, son devoir de mémoire.

Jeanne Crépeau a mis l'accent sur les métiers divers d'une cinémathèque et leurs gestuelles: identifier des bobines, classer, projeter, nettoyer, entreposer les films. La caméra se promène entre les entrepôts de Boucherville, la cabine de projection, les archives, les salles d'exposition. Toutes sortes de techniques sont mises à contribution, et chaque employé de la Cinémathèque doit jouer sa partition pour que la boîte remplisse son mandat.

De Robert Daudelin, qui fut si longtemps directeur de la Cinémathèque, au projectionniste Guy Fournier en passant par Pierre Jutras, le directeur à la programmation, Pierre Véronneau, le conservateur des archives non filmiques, et Gabriel Thibodeau, le pianiste qui accompagne les films muets, bien d'autres viennent faire leur tour. On entre dans le ventre de l'institution, qui ressemble soudain à une ruche grouillante. Bien entendu, des extraits de films projetés dynamisent la dynamique des entrevues, lesquelles deviennent un peu longuettes parfois.

Des liens impérissables

Mais pas toutes. Il faut voir Michel Brault devant le cinématographe des frères Lumière expliquer le fonctionnement de l'appareil, montrer aussi les caméras du défunt Jean Rouch et de Robert Flaherty (Nanouk Of The North). Les frères Dardenne, cinéastes belges de Rosetta, font une visite guidée de la Médiathèque, consultent les livres sur le cinéma. Des lettres signées François Truffaut, Stanley Kubrick, Abel Ganz, Fritz Lang et autres grands noms du cinéma sont filmées, montrant les liens directs que l'institution québécoise a tissés avec eux au fil des ans.

Des questions lancinantes sont posées dans le film, sur l'avenir de la pellicule, par exemple, appelée à disparaître au profit du numérique. Les cinémathèques deviendront-elles les seuls lieux où l'image en mouvement captée sur support film aura encore droit de cité?

À la fin du documentaire, de toute évidence écrit à la hâte, un texte évoque les difficultés actuelles de la Cinémathèque en dédiant La Beauté du geste aux employés qui traversent ces jours difficiles et ignorent de quoi demain sera fait.