Le trou noir du passé esclavagiste

Dans Birth of a Nation, Nate Parker, à la fois scénariste du film et acteur principal, incarne Nat Turner, leader d’une rébellion d’esclaves en 1841.
Photo: TIFF Dans Birth of a Nation, Nate Parker, à la fois scénariste du film et acteur principal, incarne Nat Turner, leader d’une rébellion d’esclaves en 1841.

Un excellent film dans la lignée de 12 Years a Slave a secoué le TIFF, comme un ouragan de deux minutes d’applaudissements. The Birth of a Nation, déjà événementiel à Sundance, premier long métrage de Nate Parker, revisitant une révolte d’esclaves, est arrivé précédé d’un vent de controverse. L’allégation de viol collectif, réfutée, vieille de 17 ans, à l’endroit du cinéaste et acteur principal Nate Parker, comme de son coscénariste Jean Célestin en leurs années étudiantes, fait tache.

Le scandale n’a pas empêché le film (qui porte le même titre que le chef-d’oeuvre — raciste — de D. W. Griffith, cent ans plus tôt, ici en se plaçant à hauteur d’esclaves) d’être ovationné. Avec raison. Mais les cartes demeurent brouillées. D’autant plus que des viols terribles sont perpétrés à l’écran. À Toronto, le cinéaste recommande de s’occuper d’abord de l’histoire héroïque de Nat Turner. Gabrielle Union, l’actrice principale, victime de viol dans la vie comme dans le film, suggère de prendre ces problématiques de front justement et d’en discuter tous ensemble.

Ce film relate la rébellion sanglante des esclaves sous la direction de Nat Turner (Parker) en 1841 en Virginie. La force des images, parfois insoutenables de violence, la puissance du jeu de l’acteur cinéaste, la charge des scènes sombres et cette histoire brûlante de Noirs qui préfèrent mourir debout que de vivre à genoux, en font l’oeuvre-choc.

En plus de la controverse (attisée aussi par les Blancs suprématistes qui ont peur de voir le film utilisé comme arme dans le climat racialde tensions actuelles), The Birth of a Nation souffrira du succès de 12 Years a Slave, sur la même thématique, oscarisé en 2014.

Oliver Stone, sans la fougue d’antan

Snowden, d’Oliver Stone, était couru ici comme le concert d’une star de rock. Le cinéaste de JFK et de W, entendait lancer un brûlot dans l’arène politique : « M. Obama pourrait pardonner à Snowden, a-t-il lancé aux médias comme un os. On espère qu’il possède un éclat de lumière et qu’il voit le chemin devant lui. »

Edward Snowden, ancien membre des services secrets, est réfugié en Russie après avoir envoyé dans le trafic par WikiLeaks des documents confidentiels démontrant que les États-Unis pratiquaient l’espionnage à l’échelle internationale. Stone a rencontré le proscrit à neuf reprises en cours de production, entraînant son interprète Joseph Gordon-Levitt une fois à Moscou. Le cinéaste américain rappelle que, de toute façon, celui que Barack Obama avait qualifié de « hacker » était prêt à affronter un procès en sol américain, si celui-ci était juste. « Il peut aussi venir faire face aux conséquences de ses actes », espérant que son film ainsi que le précédent documentaire Citizenfour, de Laura Poitras, couronné aux Oscars, pourront aider sa cause. À l’instar du cinéaste, Joseph Gordon-Levitt estime qu’il existe une autre forme de patriotisme que celui dit officiel.

Son film, biopic et hagiographie platement tournée sans rendre la complexité du personnage, s’enferre dans un regard sexiste d’un autre âge, des zones d’ombre jamais développées… Ce n’est pas un problème de jeu d’acteurs, mais de scénario et de vision binaire du monde dépassée à laquelle s’accroche le cinéaste. Citizenfour, lancé ici en 2014, en documentaire avec le vrai Snowden, était autrement plus fort que cette fiction-ci.

Bonjour, Nicole Kidman !

Voici la blonde liane Nicole Kidman sous le feu des paparazzis, qui présente son beau profil de l’air un peu las de celle qui est trop abonnée aux tapis rouges.

Elle joue dans le film Lion, de Garth Davis, inspiré d’une histoire vécue, celle d’un petit garçon indien perdu après avoir pris un train au hasard, adopté par des Australiens (Kidman joue fort bien la maman). À 30 ans, il retrouve sa vraie mère et les émotions affluent en conséquence. Kidman s’avouait remuée après avoir serré dans ses bras la vraie mère du vrai personnage en Inde, car la réalité s’invite en conclusion dans la fiction.

Pas mauvais, juste appuyé, mais une première partie en Inde mieux ficelée. Les frères Weinstein, qui produisent Lion, veulent sans doute refaire le coup de Slumdog Millionaire, également avec l’acteur Dev Patel et l’Inde en fond de scène, mais celui-ci ne vaut pas celui-là.

On avait dit grand bien de Nocturnal Animals, de l’Américain Tom Ford, oeuvre noire alliant vengeance et subtilité, donnant la vedette à Jake Gyllenhaal. Il a remporté le Grand Prix du jury à Venise, laissant présager des espoirs de nominations aux Oscar. Arrival, de Denis Villeneuve, repartait bredouille de la Mostra, mais après un accueil critique exceptionnel.