Villeneuve chez les extraterrestres

Le personnage de linguiste joué par Amy Adams apprend à décoder le langage des extraterrestres.
Photo: TIFF Le personnage de linguiste joué par Amy Adams apprend à décoder le langage des extraterrestres.

On dira ce qu’on voudra. Il est possible de voir à peu près tous les films phares de l’automne au TIFF de Toronto. C’est juste qu’ils passent souvent en même temps ; frustrations garanties dans la corne d’abondance.

Les clameurs et les rumeurs venues de la Mostra de Venise trouvent ici écho. On rattrape le film porté aux nues, autant que faire se peut, jouant du coude pour se joindre aux queues sur King Street ou ailleurs, en évitant de s’enfarger dans les rails des tramways.

L'arrivée (V.F. de Arrival) de Denis Villeneuve, après un bel accueil dans les eaux vénitiennes, se pose donc ici. Le cinéaste québécois, retenu sur le tournage de Blade Runner 2, brillera par son absence lundi à la conférence de presse de ce film de science-fiction, représenté par ses acteurs. Abonné du TIFF, il nous manquera.

Du style

Tourné en partie à Montréal et dans le Bas-Saint-Laurent (on reconnaît plusieurs emplacements), L'arrivée révèle un Villeneuve qui n’égare pas sa griffe en tournant pour Hollywood. Ses extraterrestres pieuvres présentent des airs de famille avec les araignées géantes qui envahissaient Toronto dans son Enemy. La musique de Johann Johannsson revient comme un leitmotiv de mystère enrobant son univers.

Avec moins de moyens, d’effets voyants et plus de classe que le Midnight Special de Jeff Nichols, auquel le film se compare par le projet d’humaniser le genre et un petit côté Terrence Malick pour la poésie métaphysique, L'arrivée a vraiment du style. Même ses soucoupes volantes, longs concombres noirs glissant dans les cieux, sont élégantes. Basé sur une nouvelle de Ted Chiang, qui tisse les liens entre humains et créatures venues de l’espace à travers les réseaux de communication décodés, L'arrivée s’appuie sur un scénario complexe, entre menaces de guerre mondiale et conflits intimes.

Ce personnage de linguiste joué par Amy Adams, qui apprend à décoder le langage des extraterrestres tout en lisant dans l’avenir, devient soudain crédible. Et si la romance finale avec le mathématicien (Jeremy Renner) manque d’étoffe, si quelques facilités le déparent, le film garde un suspense, une vérité et une intelligence qui n’est pas donnée à tous les films d’anticipation. Cette plongée dans le genre SF augure le meilleur pour la suite de Blade Runner.

Amy Adams forever

On pouvait parler du festival Amy Adams vendredi. La rousse interprète se dédoublant dans l’excellent Nocturnal Animals de Tom Ford, le cinéaste américain de A Single Man qui n’en promettait pas tant. Ce film très attendu aux Oscar rappelle un peu le climat de Prisonniers de Villeneuve, également avec Jake Gyllenhaal à sa barre, bouclant la boucle des corrélations.

La puissance de la mise en scène, le montage chirurgical, une interprétation générale de haut vol, et un brillant scénario sur le thème de la vengeance nourrissent le film. Voici deux histoires interconnectées, celle d’une artiste (toujours fine Amy Adams) qui reçoit le roman de son ancien mari (Gyllenhaal), dont l’action prend corps à l’écran. Sur la route, près de la frontière du Mexique, un homme fragile perd sa femme et sa fille (violées, tuées) et doit apprendre à devenir fort, alors que celle qui l’a inspiré gère ses insomnies dans un film en partie subliminal. Michael Shannon se démarque en flic desperado. L’angoisse palpable de l’atmosphère — les phares et les loups dans la nuit, les remords qui s’incarnent, les allers-retours habiles entre réalité et fiction —, après une scène d’introduction burlesque et insolite, hante cette oeuvre violente et habitée. Vue du TIFF, la saison des Oscar s’annonce chargée.

Notre journaliste est à Toronto à l'invitation du TIFF.

1 commentaire
  • Pierre Blier - Abonné 10 septembre 2016 09 h 15

    Petite géographie québécoise...

    Le film a été tourné dans le Bas-Saint-Laurent (Saint-Fabien) et non pas dans Charlevoix... Dans le trailer, on reconnait Rimouski...