Sept truands sur le tapis rouge

Réalisé par Antoine Fuqua, The Magnificent Seven a ouvert le TIFF, jeudi.
Photo: Source TIFF Réalisé par Antoine Fuqua, The Magnificent Seven a ouvert le TIFF, jeudi.

Le film Les sept samouraïs d’Akira Kurosawa, sorti en 1954, aura exercé une immense influence sur la cinéphilie et collectionné les superlatifs : meilleur film d’action jamais tourné, meilleur film de sabre, etc. Dans ce monument du 7e art dont l’action se déroule dans le Japon médiéval, sept mercenaires sanguinaires sont embauchés par les villageois pour lutter contre les tyrans qui les agressent.

Parmi les nombreuses adaptations réalisées avec plus ou moins de liberté, en déplaçant ici et là le cadre de l’action, le western qu’en avait tiré John Sturges en 1960 demeure la version occidentale qui fit date.

Or voici que le chef-d’oeuvre nippon a trouvé une nouvelle vie jeudi au TIFF dans le film d’ouverture The Magnificent Seven réalisé par Antoine Fuqua. Tralalas endimanchés étaient à l’heure de partir le bal du rendez-vous dans les beaux théâtres baroques du Roy Thomson Hall et du Princess of Wales. Avec en plus ses vedettes masculines, Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke, Vincent d’Onofrio, etc., venues célébrer, et l’actrice Haley Bennett qui mettait de la couleur dans cette bande de gars en habits sombres.

Le Festival de Toronto jouait quand même d’audace en offrant à son assemblée de commanditaires ce film de 2 heures et quart (une heure et quart de moins que celui de Kurosawa, quand même).

Western multiethnique

Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Denzel Washington et ses compagnons de crime étaient à Toronto jeudi pour la projection de «The Magnificient Seven», qui lançait le 41e TIFF. 

Les acteurs réunis devant les journalistes en après-midi rigolaient plus qu’autre chose. Ils avaient aimé s’entraîner, essayer des chapeaux, s’amuser entre eux. On n’en saura pas beaucoup plus.

Toujours à la sauce western, avec des influences de Ford, de Sturges, de Leone, de Tarantino (en beaucoup moins délirant) et de Kurosawa bien sûr, The Magnificent Seven est bien fait, tourné surtout en Louisiane près de Baton Rouge, avec des images impressionnantes de Mauro Fiore, une bonne musique. Le scénario demeure assez fidèle à l’original, sans la touche de fantaisie du western de Sturges, ni les grandes métaphores de Kurosawa. La réception du film fut couci-couça, côté médias.

« Si j’ai voulu me faire plaisir en faisant un film de cow-boys ? Allons donc ! lançait Antoine Fuqua. Kurosawa est comme Shakespeare, il est un maître. Les deux films portent avant tout sur des personnages. Un film comme ça est si difficile à faire. Il faut batailler avec le système des studios. Ajoutez la chaleur, les animaux, les tempêtes. On fait un film parce qu’on tombe amoureux des personnages. »

Le cinéaste afro-américain (réalisateur entre autres de Training Day avec Denzel Washington) dit n’avoir pas voulu faire un énoncé de principe en offrant la vedette à un acteur noir, en cette année où les tensions raciales explosent aux États-Unis. Ces thématiques colorent au demeurant l’édition du TIFF 2016.

Denzel Washington, qui jouait pour la première fois dans un western, avouait ne pas avoir vu le film de Sturges pour éviter d’être influencé, mais Fuqua lui a montré le Kurosawa.

Un genre changeant

L’acteur assure en chef de ces hors-la-loi. Tous ont la gâchette facile et le coeur desséché, mais se découvrent une vertu en prenant la défense de la veuve et de l’orphelin. Chris Pratt devient ici le soiffard sans foi ni loi, Ethan Hawke l’ancien confédéré louisianais, etc. C’est correct, trop respectueux pour briser vraiment les moules, mais jouant sur l’arsenal des armes de chacun : dague chinoise, arc et flèches du Comanche, revolvers pour tous. Un éclair de plus et le remake aurait vraiment décollé. Rien de déshonorant par contre, même si des tomates ont été tirées.

 

Origines diverses

Au départ, le film devait mettre Tom Cruise à l’écran. Il avait été question de Kevin Costner, Matt Damon, etc. Finalement, Antoine Fuqua a choisi de donner à ses mercenaires des origines diverses, en reflet du vrai Far West : un Noir, un Cheyenne, un Mexicain, un Chinois, un Français de Louisiane, etc., tous machos purs et durs, plus une femme (Haley Bennett, qui ne trouve guère sa place dans l’escadron des poilus).

« Le western est un genre qui change constamment, rappelait le cinéaste. Avant c’était tous des hommes blancs, puis le genre est devenu plus dur, plus proche des réalités historiques, dans l’ADN de l’époque. Les jeunes gens qui n’ont pas vu le film de John Sturges doivent saisir le film avec leurs codes. Le plus important, c’est de trouver la vérité des personnages. »

 

En cette soirée d’ouverture, le Montréalais Roger Frappier a été élu producteur de l’année. Venant présenter Two Lovers and a Bear de Kim Nguyen, le producteur, qui a longtemps travaillé aux côtés de Denys Arcand, collabore en ce moment avec François Girard sur Hochelaga, terre des âmes, regard en plusieurs temps sur un lieu situé au pied du mont Royal.

 
Notre journaliste est à Toronto à l'invitation du TIFF.