Houleux 40e Festival international des films du monde

Le rideau est tombé lundi sur la 40e édition du Festival des films du monde, la plus houleuse de son histoire pourtant mouvementée. Les oeuvres de la compétition étaient souvent de bonne qualité et le cinéma Impérial plutôt couru.

Houleuse et également dramatique édition, avec la mort d’un membre du jury lundi, le producteur britannique Donald Ranvaud, annulant les festivités d’après clôture. Le noir était de rigueur.

Sinon, on aura vu qu’un public existait encore pour le FFM, sans base renouvelée au long des ans, en partie à cause des changements de moeurs cinéphiliques moins friandes qu’autrefois de cinéma international généraliste. Ces habitués se sentiront orphelins si le rendez-vous disparaît, mais le milieu du cinéma l’a déjà délaissé et les premières de films québécois filent à peu près toutes à Toronto. La présence des acteurs Willem Dafoe et Isabelle Adjani a apporté un peu de lustre en fin de parcours, mais sans salle de conférence ni attaché de presse officiel, des liens médiatiques se sont tout au long égarés.

Horaire improvisé

La défection de sa nouvelle équipe à quelques jours de l’ouverture et les sept salles du Forum qui lui glissèrent entre les doigts à minuit moins cinq (mais aucun accord n’était signé avec Cineplex, dont le FFM est débiteur) ont rendu la grille horaire caduque. Puis des horaires en constants changements semèrent la confusion…

L’admiration pour la résilience de son président Serge Losique, qui est parvenu à retrouver des salles au milieu de l’édition — à l’Outremont, au Cinéma du Parc, puis en fin de piste dans l’une des salles du Forum ainsi qu’au Cinéma Dollar sur le boulevard Décarie —, ne doit pas masquer l’étendue des problèmes rencontrés : cinéastes étrangers mal reçus, non logés par le Festival, laissés longtemps dans le noir, leurs films au départ déplacés (plusieurs sont repartis vite, sans demander leur reste), des membres du jury attendant à l’aéroport sans personne pour les accueillir, etc. Une lettre collective de vingt jeunes cinéastes en colère réclamait à tout le moins des excuses pour l’accueil cavalier subi, sans les obtenir, etc.

Le nerf de la guerre absent

L’argent est le nerf de la guerre en ces matières et le FFM, non subventionné depuis trois ans, faute notamment de transparence et de renouvellement de ses programmes, se voit étranglé par des problèmes de liquidité. Ceux-ci ont causé des préjudices à plusieurs personnes, dont la poignée d’employés zélés et épuisés au bureau central, qui ne seront sans doute jamais rémunérés.

Peut-on faire un festival sans argent, après avoir semé toutes les promesses ? Des proches du président du Festival l’exhortent à jeter l’éponge, sans hypothéquer ses biens davantage — surtout plus le patrimonial Cinéma Impérial, propriété du FFM sous couvert d’un OSBL.

Ajoutez un climat délétère dans les couloirs de la manifestation : ceux qui défendent Serge Losique sans réserve s’opposant parfois violemment aux esprits plus critiques. Un cinéaste parle même de graves intimidations subies pour avoir émis des protestations en public contre le manque de respect dont furent victimes des réalisateurs invités.

Rien pour redorer le blason de Montréal après que tout ce beau monde eut essaimé de mauvais rapports sur la planète festival. Envoyer son film à un éventuel 41e FFM ? Certains y repenseraient à deux fois avant de s’y frotter. Encore beau que le 40e ait pu se rendre au bout de sa course. Au-delà de cette limite, son ticket est-il encore sérieusement valable ?

1 commentaire

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  • Michèle Cossette - Abonnée 6 septembre 2016 17 h 18

    Tristes adieux

    J'ai longtemps fréquenté le FFM; on y présentait des films de pays étrangers impossibles à voir ailleurs à Montréal. Je n'ai jamais compris qu'on s'y rue pour voir le dernier film primé à Cannes, puisque ce dernier allait inévitablement prendre l'affiche un jour ou l'autre dans un cinéma commercial. J'y ai souvent découvert, toujours hors compétition, de véritables petits bijoux, turcs, tchèques, latino-américains...
    La déroute de ce festival me rend infiniment triste, mais malheureusement, Serge Losique, admirable pour sa résilience, mais détestable pour son entêtement, a tissé lui-même la corde pour se pendre.