Cinéma - Montréal jazz, en noir et Brown

Avec ce film diffusé sur 60 écrans au Québec, le cinéaste montréalais Gilles Noël et son distributeur jouent le tout pour le tout. Ils se promettent d'intéresser le public québécois à son histoire récente, du début des années 30 jusqu'aux sixties, à l'heure où Montréal jazzait au rythme des orchestres noirs. Ceux-ci fuyaient la prohibition et le racisme aux États-Unis, prenaient goût aux folles nuits de la métropole québécoise et à l'ouverture d'esprit de ses habitants.

Librement adapté du parcours de Bob Langlois, un pianiste blanc de Montréal qui s'est imposé dans cet univers musical noir, Jack Paradise donne la vedette à Roy Dupuis. Le film a pour cadre des ruelles, des chambres mais surtout des bars enfumés, où le gérant italien flirte avec la mafia et où la police se laisse acheter ou non, selon son humeur. Les amours du héros avec son épouse légitime (Geneviève Rioux) mais aussi avec la belle et autodestructrice Curly Brown seront au centre de l'histoire.

Précisons-le: c'est Dawn Tyler Watson, une chanteuse de blues à Montréal devenue Curly Brown à l'écran, qui crève littéralement l'écran. Sa voix merveilleuse mais aussi son charisme, sa vitalité et son charme sont la découverte de ce film où elle fait ses débuts. À elle tout l'éventail dramatique: la passion, la descente dans la drogue, l'espoir, la chute, dont elle relève brillamment les défis. Roy Dupuis, pourtant acteur aguerri, en pâlit à ses côtés et ne passera pas à l'histoire du cinéma avec ça.

Il est vrai qu'il hérite ici d'un rôle assez ingrat, celui d'un musicien qui a du mal à s'exprimer verbalement et qui ne communique vraiment qu'à travers son instrument. Peu de scènes fortes sont offertes au comédien de Nikita, qui a par ailleurs dû apprendre le mouvement des doigts sur les touches du piano.

À la distribution, on retrouve également Dorothée Berryman qui, dans les scènes d'enfance du héros, joue la tante excentrique avec une conviction parfois trop appuyée ainsi que Geneviève Rioux, à qui le rôle de l'épouse aux pieds sur terre laisse peu de latitude pour briller.

Au delà de sa distribution et d'un scénario intéressant plutôt que transcendant, c'est le travail de la caméra et la musique du film qui fascinent. Un soin extrême a été consacré à l'image, tantôt en couleurs, tantôt en noir et blanc, et Sylvain Brault, le directeur photo, s'est surpassé. L'atmosphère de l'époque est avant tout rendue par ces regards en biais sur un univers de nuit, par les positions multiples de la caméra, toujours agile et inventive, ainsi que par le jeu entre le noir et blanc et la couleur, qui trouve sa pleine dynamique visuelle et distille son mystère.

La musique de James Gelfand constitue un vrai bonheur pour l'oreille. Le jazz, le swing, le blues retrouvent toutes leurs lettres de noblesse. Le plaisir que musiciens et clients éprouvaient dans ces clubs collés aux bordels et au crime organisé, avec leur côté sulfureux, délinquant et joyeux, devient communicatif pour le spectateur, qui en redemande.

* V.o.: Place LaSalle, Quartier latin, Beaubien, Langelier.

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À l'affiche cette semaine:

DAYTONA

Québec, 2004, 87 minutes.

Documentaire de Martin Fournier.

À l'instar de milliers d'étudiants de partout en Amérique, six jeunes Québécois viennent passer leur semaine de relâche scolaire à Daytona, en Floride, espérant pouvoir s'éclater sur les plages et dans les discothèques. Mais leur voyage s'avérera plutôt décevant.

* V.o.: Ex-Centris.

EFFROYABLES JARDINS

France, 2002, 97 minutes.

Comédie dramatique de Jean Becker avec Jacques Villeret, André Dussollier, Thierry Lhermitte.

Un adolescent a honte de voir son père, un instituteur respectable, présenter un numéro de clown à la foire de leur village. Le meilleur ami de l'enseignant apprend alors au garçon le secret de cette singulière vocation, qui remonte à la Deuxième Guerre mondiale.

* V.o.: Parisien, StarCité,

Beaubien.

INNOCENTS (The Dreamers)

France-Italie-Grande-Bretagne, 2003, 115 minutes.

Drame de moeurs de Bernardo Bertolucci avec Michael Pitt.

Au printemps 1968, à Paris, l'étudiant américain Matthew séjourne dans l'appartement d'Isabelle et de son frère jumeau Théo en l'absence des parents de ces derniers. Les trois jeunes, cinéphiles dans l'âme, se livrent alors à des jeux troublants.

* V.o.: Forum, Cinéma du Parc.

* V.f.: Quartier latin.

OSAMA

Afghanistan-Japon-Irlande, 2003, 83 minutes.

Drame de moeurs de Siddiq Barmak avec Marina Golbahari, Khwaja Nader, Arif Herati.

À Kaboul, sous le régime des talibans, une jeune fille de 12 ans se déguise en garçon pour trouver le travail qui lui permettra d'aider sa famille.

* V.o., s.-t.f.: Ex-Centris.

LE PAPILLON BLEU

Québec-Grande-Bretagne, 2004, 96 minutes.

Film d'aventures de Léa Pool avec William Hurt, Pascale Bussières.

Pete, un garçon de dix ans atteint d'un cancer, se rend au Costa Rica avec sa mère et un entomologiste pour capturer le morpho bleu.

* V.o.: Forum, Cavendish, Place LaSalle, Lacordaire, Des Sources, Spheretech.

* V.f.: Place LaSalle, Quartier latin, Pointe-Claire, StarCité, Paradis, Lacordaire, Langelier.