Un clown peut en cacher un autre

Jean Becker, réalisateur des Enfants du marais, est retourné faire un tour dans le passé de la France, cette fois à travers l'épisode de l'Occupation allemande, névralgie jamais guérie, abordée par lui comme par bien des cinéastes, sans vider un sujet apparemment sans fond. Becker a adapté de son côté le roman de Michel Quint en faisant valser la tragédie sur un air de comédie.

Effroyables jardins n'a pas la finesse ni la poésie des Enfants du marais, dont la luminosité réchauffait l'écran. Mais il est beaucoup plus réussi que le caricatural Crime au paradis, son oeuvre précédente. Quand même. Effroyables jardins éprouve quelque mal à trouver sa grâce et son élan. La comédie ne parvient jamais à lever tout à fait et l'histoire, à distiller son poids d'émotion.

Il y a de bons éléments pourtant. Becker a souvent dirigé ses acteurs principaux, vieux familiers de son cinéma, tels Jacques Villeret, André Dussolier et Suzanne Flon. Ajoutez au tableau de la distribution des valeurs sûres comme Thierry Lhermitte, Benoît Magimel ou Isabelle Candelier. De plus, Becker est dans son élément avec la reconstitution historique. Alors quoi?

Le film est bien fait, mais le dosage entre rire et émotion boitille. L'histoire est celle de Jacques l'instituteur (Villeret) qui, au cours des années 50, fait honte à son fils en se transformant en clown tous les dimanches au village. Mais grâce à un flash-back, l'ami de papa, le châtelain André (Dussolier), lui dévoile un pan de leur passé. Envoyés dans une fosse boueuse comme otages afin d'y être abattus par les Allemands durant l'Occupation, les deux amis, en compagnie de deux autres larrons, Thierry (Lhermitte) et Émile (Benoît Magimel), furent sauvés par un clown allemand ainsi que par un vieux cheminot français et sa femme.

Le jeu des acteurs apparaît inégal. Villeret et Dussolier semblent trop vieux pour leurs rôles, ce qui leur fait perdre de la crédibilité. Damien Jouillerot, qui incarne le fils, est mal dirigé et en donne plus dans la bouderie que le rôle en réclame. Benoît Magimel, en petit coq de village, jure avec le comique des trois autres larrons dans leur fosse, vieux habitués de la course au gag. Par contre, Isabelle Candelier, qui joue l'amie et la flamme des héros, dégage une chaleur et une force qui humanisent le film.

Un des écueils d'Effroyables jardins est cette tentative ratée de rajeunir Villeret et Dussolier pour l'épisode de guerre avec des perruques mal fixées. Par ailleurs, le numéro du clown allemand cause problème. Cette scène ne dégage pas l'émotion qui devrait être la clé de voûte de l'histoire et expliquer tout le reste. Becker n'est pas vraiment parvenu à doser l'humour et la tragédie, si bien que le ton général s'y égare et que le film, honorable mais un peu bancal, finit par ennuyer.