Et parfois de bons films…

Le cinéaste belge Nic Balthazar, en 2012
Photo: Nicolas Maeterlinck Agence France-Presse Le cinéaste belge Nic Balthazar, en 2012

C’est bien pour dire : on voit plus de monde que d’habitude au FFM. Est-ce la concentration des festivaliers en un seul lieu, qui donne cette impression ? De nouvelles têtes sont apparues dans l’assistance, les déboires du festival lui ayant fait une publicité énorme, par ricochet. Sur les vitres, les gens regardent les horaires affichés, qui changent tout le temps. La projection du film avec Isabelle Adjani, Carole Matthieu, de Louis-Julien Petit, a été reportée à la fin du festival. Sa venue doit être compromise.

Sinon, tout le monde tire des plans sur la comète pour la suite des événements. Des sources affirment que l’hôtel Hyatt aurait envoyé la semaine dernière des huissiers aux locaux du FFM pour réclamer des dettes accumulées au cours des éditions précédentes.

Des bruits veulent que la plupart des jurés, toutes catégories confondues, doivent assumer leurs frais d’hôtel. Résumé à trois personnes — les autres ayant fait défection —, celui de la compétition mondiale peut parfois se consoler devant l’écran, car certaines oeuvres possèdent de vraies qualités.

Le retour de Nic Balthazar

« Il y a des rumeurs voulant que le FFM aurait des problèmes, lançait ironiquement dimanche le Flamand Nic Balthazar, dans la course avec Everybody Happy. Moi, si je vous vois, c’est l’essentiel. Ce public aime le cinéma. » Il avait triomphé ici en 2007 avec Ben X.« Le Festival des films du monde a changé ma vie et la carrière de mon film, qui a été vendu dans 52 pays », assure-t-il.

Everybody Happy aborde le mal de vivre d’un populaire humoriste flamand en tournée avec ses comparses, sombrant dans la dépression, alors que sa conscience (jouée par un acteur) l’entraîne dans un gouffre de pessimisme.

« Cette histoire ne porte pas seulement sur un humoriste, précisait le cinéaste. Elle vous est dédiée. »

Everybody Happy repose, avec quelques longueurs, sur la force de ses dialogues servis bien cuits, miroirs de toutes les dérives éthiques occidentales. On salue les performances d’acteurs, non seulement de Peter Van den Begin, exceptionnel (prix d’interprétation possible), mais aussi de Barbara Sarafian, en amoureuse qui secoue son voile de cynisme. L’image du film se révélait par contre de piètre qualité. Mauvais format ?

La beauté des Dolomites

Admiré samedi en compétition : La peau de l’ours, de Marco Segato, un film servi par une caméra magnifique et des paysages des Dolomites sous le brouillard à couper le souffle, avec d’excellentes prestations dramatiques. Place au classique périple initiatique du père et du fils, qui n’ont jamais vraiment communiqué. Les voici dans les montagnes pour chasser l’ours tueur (surnommé Il diavolo), tissant des liens, chemin faisant.

Parabole autour du diable (la bête) avec le personnage du garçon qui devient un homme en remplaçant le père. Une scène n’est pas sans rappeler la mort de l’ours dans The Revenant, d’Iñarritu. Rien de très original côté thème, mais que de beauté avec démarrage sur de splendides costumes lors d’un carnaval villageois. Mon coup de coeur à ce jour.

Titanium White, du Polonais Piotr Smigasiewicz, est de son côté un étrange polar sur un thème inédit. Les mésaventures d’un étudiant en histoire de l’art dans le village de Porto Ercole en quête des oeuvres des dernières années du Caravage. Aux codes du thriller se superposent plusieurs clichés sur l’Italie, des personnages souvent caricaturaux et une intrigue invraisemblable.

À Istanbul… avant le coup d’État raté

Sinon, un film turc assez lent, parfois tendu, se termine sur un happy end peu convaincant : Swaying Waterlily, de Seren Yüce. Ce patient regard sur les bobos d’Istanbul, à travers un couple en crise, apparaît très macho, comme hélas ! bien des films turcs. Il se met quand même à l’écoute patiente d’une femme au foyer, malheureuse, qui sent son mari lui échapper et cherche une vocation.

Avec les récents événements en Turquie, on songe que bien des Stambouliotes de ces milieux branchés, transposés à l’écran, sont écroués aujourd’hui. Troublante réflexion…

Pas fort : L’inattendu, du Chinois d’An Zhanjun. Des décors et paysages rustiques du plus bel effet, mais que de cris dans cet inepte mélodrame amoureux ! Deux hommes, le méchant courageux et le bon poltron, s’affrontent pour l’amour d’une femme dite fatale. On peut parler de scénario nullissime et de sous-titres abominables, dans une langue mal qualifiée de française. Pas beaucoup mieux en anglais. Une chance que les personnages ne disaient pas grand-chose…

 

Quelques mots venus des politiciens interrogés sur la crise au FFM, à travers la voix de leurs attachés de presse. Le ministre de la Culture, Luc Fortin, dit attendre toujours le plan d’affaires et de restructuration du FFM, qui n’a pas été livré depuis plusieurs années, et sans lequel aucune aide provinciale n’est possible. Au Patrimoine canadien, la ministre Mélanie Joly s’affirme attristée par la situation et dit garder un oeil sur le festival.

En attendant, les problèmes du FFM sont entrés dans les moeurs du cru. Toute une ambiance !

 

1 commentaire
  • Jeannine Laporte - Abonnée 29 août 2016 10 h 55

    Sous-titres en français?

    Madame Tremblay et autres critiques du FFM, il serait pertinent et indispensable de mentionner si les films en langue autre que le français sont sous-titrés en français. Depuis quelques années, ce n'était pas le cas et ce n'est pas acceptable à Montréal.

    Merci de corriger la situation et nous donner cette information, information qui nous permet de mieux faire nos choix.