Un parcours d'épouvante

Coiffé d'une mention spéciale à la Caméra d'or au dernier Festival de Cannes, sacré meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes (détrônant le film d'Arcand) et lauréat de la Louve d'or au FCMM, Osama nous parvient bardé de lauriers et précédé d'une immense rumeur favorable.

Le film constitue en soi un événement historique, premier long métrage afghan post-taliban, tourné dans un pays où le cinéma, comme tous les arts, fut longtemps interdit de séjour. Le matériel cinématographique a été prêté à Siddiq Barmak par l'Iran, surtout par la maison de production du cinéaste Mohsen Makhmalbaf, qui lui prodigua également des conseils. Tous les comédiens sont ici des non-professionnels recrutés à Kaboul.

Quant à l'histoire, elle retourne en arrière, au régime des talibans, à l'heure où les femmes en burqa ne pouvaient ni travailler ni circuler librement sans père, frère ou conjoint. Celles qui avaient perdu leurs hommes à la guerre se retrouvaient ainsi privées de ressources. Inspiré d'un fait vécu, Osama montre une mère qui travestit sa fille de douze ans en garçon pour lui permettre de travailler, avec les conséquences terribles qui s'ensuivront.

Le sujet avait déjà été traité par le réalisateur Majid Majidi dans Baran, où une jeune Afghane se déguisait en garçon pour travailler, mais l'action se déroulait en Iran et les enjeux n'étaient pas les mêmes.

La jeune Marina Golbahari incarne ici cette jeune fille au parcours d'épouvante, avec son regard effrayé qui fait merveille. Toujours au bord d'être découverte, ignorante des usages masculins, des rituels de la prière aux arbres à grimper. Envoyée de force dans une madrassa, école coranique doublée d'un centre d'entraînement militaire taliban, sa féminité se révélera au grand jour, lui valant une comparution devant le tribunal des mollahs, qui n'entendent pas à rire comme on s'en doute.

Osama, dans sa facture, dans son approche où fiction se colle au documentaire, à travers aussi l'emploi des interprètes non professionnels, se rapproche tellement de l'école du cinéma iranien qu'on peut dire que le film en est issu. Une école intéressante au demeurant, mais qui n'apporte rien d'original dans sa forme à cette oeuvre afghane. Cinématographiquement, le film n'est pas une grande oeuvre, ni le scénario un modèle du genre.

C'est son propos qui jette à terre et a valu tous ces prix à Siddiq Barmak. Car le sort que les talibans réservaient aux femmes est si révoltant et si bien démontré dans Osama à travers l'impasse décrite que le cinéaste n'a même pas besoin d'en rajouter au chapitre de l'émotion et des violons, ni les interprètes d'appuyer leurs tourments. Les faits parlent d'eux-mêmes et crient à l'injustice. Si bien que le spectateur reçoit Osama comme un coup de poing, d'autant plus percutant que la situation en l'Afghanistan a été largement médiatisée par la guerre que l'on sait, rendant cette folie collective familière aux Occidentaux.