Disney contre Disney

François Lévesque Collaboration spéciale
Benedict Cumberbatch interprétera le docteur Strange dans la superproduction du même nom.
Photo: Walt Disney Benedict Cumberbatch interprétera le docteur Strange dans la superproduction du même nom.

La rentrée cinématographique automnale a tout pour être le théâtre d’un « choc des Titans » hollywoodiens alors que prendront l’affiche Docteur Strange, un superhéros issu de l’écurie Marvel, et Rogue One : une histoire de Star Wars, campé juste avant le Star Wars originel. Ces mégaproductions appartiennent toutes deux au studio Disney.

Depuis une bonne décennie, les salles de cinéma favorisent les blockbusters, films-spectacles ou films-événements conçus pour faire courir les foules. Le corollaire de ce nouveau paradigme est de compliquer l’accès auxdites salles aux films indépendants ou juste dotés de budgets plus raisonnables. Et encore, s’ils y arrivent, ils peinent à garder l’affiche puisque la carrière d’un long métrage se joue dorénavant sur la foi des recettes du premier week-end. Cet automne, c’est Docteur Strange et Rogue One : une histoire de Star Wars qui feront le vide autour d’eux.

Autre nouvelle réalité avec ces mégaproductions : des enjeux financiers considérables, étant donné les coûts de production et de promotion surdimensionnés. Si bien que les dates de sortie de ces Goliath des multiplexes sont maintenant arrêtées deux, voire trois ans à l’avance.

Une information capitale pour les autres joueurs, petits et grands, qui doivent se positionner de manière à ne pas être éclipsés.

Avant la vague…

Docteur Strange, sur un neurochirurgien devenu un superhéros capable d’accéder à des mondes parallèles à la suite d’un accident de la route, sortira le 4 novembre. Rogue One : une histoire de Star Wars, sur la mission rebelle chargée de voler les plans de l’Étoile noire, sortira pour sa part le 16 décembre. Stratégiquement, les films concurrents gagnent donc à prendre l’affiche avant le raz-de-marée, en septembre et en octobre.

9 septembre : les déclarations controversées de Clint Eastwood en appui à Donald Trump porteront-elles ombrage à Sully, l’histoire vraie du capitaine Chesley Sullenberger (Tom Hanks) qui, en 2009, réussit un atterrissage spectaculaire sur la rivière Hudson, sauvant ses 155 passagers ?

23 septembre : Antoine Fuqua retrouve son acteur fétiche Denzel Washington dans le remake du western classique Les sept mercenaires, avec aussi Chris Pratt et Ethan Hawke.

30 septembre : on espère que Miss Peregrine et les enfants particuliers
ramènera le Tim Burton inspiré d’antan. Eva Green (Penny Dreadful) y est à la tête d’une école remplie de gamins aux pouvoirs improbables. Le même jour paraît Queen of Katwe, ou l’histoire vraie d’une jeune Ougandaise, Phiona Mutesi, devenue maître aux échecs — Disney ne lésine pas sur la promotion.

7 octobre : American Honey, premier film américain de la réputée cinéaste britannique Andrea Arnold, propose un autre portrait intimiste de jeune femme sur la brèche (après Red Zone et Fish Tank) alors qu’une adolescente travaillant pour un magazine de voyage sombre dans une fiesta perpétuelle. Un autre genre de tourment assaille la protagoniste de La fille du train, dans lequel Emily Blunt déraille après un divorce acrimonieux.

21 octobre : malgré les recettes décevantes de Jack Reacher, la star Tom Cruise souhaite donner une autre chance au mystérieux redresseur de torts avec Jack Reacher : sans retour.

28 octobre : Tom Hanks, encore lui, reprend le personnage de Robert Langton créé par le romancier Dan Brown, cette fois dans Inferno, titre inquiétant s’il en est. Peu mémorables mais populaires aux guichets, les volets précédents, Le code Da Vinci et Anges et Démons, datent de 2006 et 2009, respectivement.

… Ou juste après

À l’inverse, certaines productions font le pari d’une sortie juste après l’un ou l’autre titre hégémonique, espérant bénéficier d’une accalmie.

11 novembre : gentils ou méchants, les extraterrestres de Denis Villeneuve dans Arrival ? À une linguiste (Amy Adams) de le découvrir. À la même date, retour attendu pour Ang Lee (Histoire de Pi) avec Billy Lynn’s Long Halftime Walk, sur de jeunes vétérans de la guerre en Irak forcés de parader pour le gouvernement Bush.

18 novembre : Les animaux fantastiques est sans doute le seul film pouvant espérer compétitionner avec Docteur Strange et Rogue One. Puisqu’il relate les aventures magiques de l’auteur Newt Scamander, dont on fait mention dans la saga des Harry Potter, parions sur un gros et gras succès. Warner Bros. a déjà commandé la suite. Avec Eddie Redmayne (La théorie de l’univers).

16 décembre : et de deux pour Damien Chazelle, dont le premier film Whiplash a enchanté la critique. Après la batterie, c’est le piano qui est au centre de Pour l’amour d’Hollywood, ou l’idylle fleurant bon la nostalgie entre un jazzman (Ryan Gosling) et une aspirante actrice (Emma Stone).

21 décembre : les studios se sont souvent cassé les dents en adaptant des jeux vidéo. Assassin’s Creed fera-t-il exception ? Avec Michael Fassbender et Marion Cotillard, qui retrouvent leur réalisateur de Macbeth Justin Kurzel, on ne demande qu’à y croire.

Le paradoxe

L’automne correspondant au début de la saison des récompenses, plusieurs de ces crus se battront pour quelques nominations le temps des Oscar venu. Ironiquement, les films qui rameutent le plus de spectateurs, tels Docteur Strange et Rogue One, ont rarement la faveur de l’Académie.

Et ce, même si, dans les faits, toute l’industrie est désormais, pour le meilleur ou pour le pire, construite autour de ceux-ci.

L’horreur des suites

Le mois d’octobre, qui se clôt par la fête d’Halloween, est traditionnellement fertile en films d’horreur. Or, fidèle à une tendance lourde, Hollywood se bornera cette année encore à offrir des suites ou, comme c’est désormais la mode, des antépisodes afin de tabler sur des succès antérieurs. Si l’on n’attend strictement rien de Ouija : les origines, ou les méfaits de la célèbre planche divinatoire, on est presque — presque — intrigué par Les cercles, consacré à la genèse de la vidéocassette maléfique ayant fait tant de victimes dans Le cercle en 2002 et sa suite médiocre de 2005, le tout d’après une série de films japonais. En revanche, on a hâte de découvrir La légende Blair, une continuation semblerait-il terrifiante du Projet Blair, phénomène-surprise de 1999 dans lequel des documentaristes amateurs se frottaient à des bois réputés hantés.