André Melançon : le géant s’assoupit

Le cinéaste André Melançon a été le réalisateur chouchou des Contes pour tous.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le cinéaste André Melançon a été le réalisateur chouchou des Contes pour tous.

André Melançon est décédé mardi à l’âge de 74 ans. La leucémie qu’il a combattue de longues années l’a emporté. Réalisateur, scénariste et comédien, André Melançon est arrivé au cinéma par hasard. Il s’y fit néanmoins une place à part, suscitant, sa carrière durant, le respect indéfectible de ses collaborateurs. Bien qu’il eût réalisé une trentaine de films, documentaires et séries, c’est d’abord pour La guerre des tuques et Bach et Bottine, deux films jeunesse ayant passé haut la main l’épreuve du temps, que l’on se souviendra de lui. Il était également le conjoint de la comédienne Andrée Lachapelle.

Né à Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue en 1942, André Melançon vécut au Pérou un an à l’issue de son cours classique. De retour au Québec, il suivit une formation en psychoéducation. Réalisé en 1967, son documentaire Le camp de Boscoville visait à faire connaître le travail de l’Institut de rééducation de Boscoville, où il oeuvra pendant cinq ans auprès des délinquants juvéniles.

Ce coup d’essai lui donna la piqûre de la réalisation. Sa préoccupation pour l’enfance l’accompagna cela dit tout au long de cette nouvelle carrière. Trois de ses premiers courts métrages produits par l’Office national du film (ONF), Le violon de Gaston, Les tacots, et « Les Oreilles » mène l’enquête, traitent justement de différentes facettes de l’enfance.

Souvenirs de l’acteur

C’est d’ailleurs dans les couloirs de l’ONF qu’André Melançon croisa le confrère Clément Perron, en 1973. Alors à la recherche du premier rôle masculin pour son film Taureau, chronique sur la médisance villageoise, le second reconnaît dans le premier le physique imposant, mais surtout la sensibilité pour incarner l’homme fort simple d’esprit du titre.

« André n’était pas acteur de formation et il est arrivé sans la moindre prétention sur le plateau, se souvient la comédienne Louise Portal. Un tournage merveilleux, en Beauce… André s’est révélé un partenaire de jeu tellement généreux. Je jouais sa soeur Gigi. Par la suite, il m’a toujours appelée sa p’tite soeur. Toujours. C’était un géant, pour vrai, mais tellement tendre, tellement doux. »

L’expérience plut à André Melançon, qui joua notamment dans Réjeanne Padovani et Joyeux calvaire, de Denys Arcand.

La rencontre

1978 fut une année charnière. Vint d’abord Les vrais perdants, documentaire crève-coeur sur ces parents qui vivent leurs rêves par procuration à travers leur progéniture. Parut ensuite la fiction Comme les six doigts de la main, centrée sur une bande de gamins convaincus qu’un vieux voisin est un espion, et sacrée meilleur long métrage par l’Association québécoise des critiques de cinéma. C’est Rock Demers, fondateur des productions La Fête, qui lui remit le prix.

« Quelques années plus tard, quand je me suis lancé dans l’aventure des Contes pour tous, j’ai tout de suite pensé à lui pour réaliser La guerre des tuques, se remémore Rock Demers. On a poursuivi avec Bach et Bottine, puis on est allés tourner en Argentine Fierro… l’été des secrets. Il a aussi écrit le scénario de La grenouille et la baleine, qu’a réalisé Jean-Claude Lord. Il a réalisé Daniel et les Superdogs… Il a supervisé les doublages français de mes films tournés dans d’autres langues, comme Opération beurre de pinottes. Et il a joué le géant dans C’est pas parce qu’on est petit qu’on peut pas être grand. Il était grand de taille, mais surtout grand de coeur. »

Bouclant la boucle, André Melançon coscénarisa La gang des hors-la-loi, le dernier des Contes pour tous.

« André aura été mon collaborateur le plus assidu. Et le plus important. C’était mon ami. Son talent n’avait d’égale que sa modestie », conclut Rock Demers.

Bonté et courage

Âgée d’à peine 10 ans pendant le tournage de Bach et Bottine en 1986, Mahée Paiement trouva en André Melançon bien plus qu’un metteur en scène.

« André a été une figure masculine, voire paternelle, marquante pour moi, confie la comédienne. Il savait préserver la spontanéité des enfants acteurs. Sur Bach et Bottine, il trouvait les mots justes ; il me rassurait. Il était enveloppant. Et il me rappelait constamment que l’interprétation, ça ne s’appelait pas le “jeu” pour rien ; qu’il fallait avoir du plaisir. Il a fait ressortir ce que j’avais de meilleur en moi — c’était le cas avec tout le monde autour de lui. Je lui dois en grande partie ma carrière. On est restés en contact. On s’appelait et on s’écrivait. Il me demandait des photos de mes enfants. Il me disait souvent qu’il était fier de moi. Il était tellement gentil, André… »

Car il était soucieux du devenir de ses jeunes protégés, André Melançon. Parmi ses derniers projets, on signalera ainsi le documentaire de 2007 L’âge de passion, dans lequel il retrouve presque trente ans plus tard les jeunes sujets devenus adultes rencontrés dans Les vrais perdants.

Une impression confirmée par l’amie de longue date Marie-José Raymond, cofondatrice d’Éléphant : mémoire du cinéma québécois, qui se rappelle un homme grand à tous égards.

« Il a démontré un tel courage toutes ces années face à la maladie ; toujours positif. Aujourd’hui, je pense à André, et ce qui me frappe, c’est à quel point il n’y avait pas une once de méchanceté en lui. Il était bon. Foncièrement bon. »

Enfin, on ne saurait passer sous silence le vibrant discours que prononça le réalisateur en 2015 lorsque la Soirée des Jutra lui rendit hommage. Pour les cinéastes de la jeune génération, il eut ces mots :

« Faites-nous rire, faites-nous pleurer ; c’est important. Faites-nous penser ; c’est important. Faites-nous rêver ; c’est essentiel. » Tel est le legs d’André Melançon.

3 commentaires
  • Louise Collette - Abonnée 25 août 2016 08 h 16

    Merci

    Merci Monsieur Melançon, on ne peut dire que mille fois merci pour tout ce que vous avez fait pour nous, les petits et les grands.

  • Bernard Morin - Abonné 25 août 2016 08 h 36

    Pour mois André Mélançcon incarne la beauté et la bonté du monde.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 25 août 2016 08 h 55

    Un oubli dans sa filmographie

    Un film dont les biographes ont oublié de parlé est un film entrevue avec le révolutionnaire québécois Charles Gagnon, produit par André Melançon en 1970. Le film a été réédité par la Fondation Charles Gagnon en 2013, une fondation qui a lancé le concours d'essais Bernard-Mergler en collaboration avec les Editions Ecosociété. Ce concours en 2012-2013 visait à incité les jeunes auteurs non professionnels à produire un essai philosophique sous le thème 'Comprendre la société pour la changer', dans l'esprit de l'engagement que Charles Gagnon a porté toute sa vie durant. Le film 'Charles Gagnon' a été tourné peu après la première libération de prison de Charles Gagnon en 1970. Gagnon avait alors demandé aux auteurs du films de ne pas le diffuser avant que son processus de réflexion politique qui a conduit à la formation du groupe EN LUTTE! ne soit achevé. En 2005, Charles Gagnon autorise la diffusion de ses textes inédits par la maison Lux Editeur et de ce film. Le film fut finalement diffusé en 2011 par Melançon à la cinémathèque québécoise et Melançon a autorisé la Fondation Charles Gagnon d'en faire des copies et de le diffuser apràs cette date.