Télévision - Cinéma en fête

En peloton de tête, La Grande Séduction de Jean-François Pouliot (13 nominations), Les Invasions barbares de Denys Arcand (12 nominations) et Gaz Bar Blues de Louis Bélanger (10 nominations).

Les spectateurs seront-ils particulièrement nombreux cette année à célébrer la fête du cinéma québécois devant leur petit écran dimanche soir? Chose certaine, les oeuvres en nomination leur sont plus familières que d'habitude. Rien d'ésotérique au menu. En ce millésime, le public d'ici a vraiment vu ses films maison. Rendez-vous lui est donc donné au gala des Jutra, animé par Sylvie Moreau au Théâtre Maisonneuve et diffusé à Radio-Canada à 19h30 (ou une heure plus tôt à la chaîne Artv, pour l'ambiance et les interviews).

Remarquez: l'abondance crée l'injustice. Trois films-vedettes en 2003 à l'intérieur d'un petit marché comme le nôtre, c'est beaucoup. Assez pour qu'il y ait des sacrifiés qui auraient mérité un meilleur sort lors de cette remise de prix. Mais n'anticipons pas.

En peloton de tête, les vedettes consacrées sont, bien entendu, la comédie chouchou sur fond de taïga: La Grande Séduction de Jean-François Pouliot (treize nominations), le déclin des personnages du Déclin d'Arcand Les Invasions barbares (12 nominations) et le lancinant Gaz Bar Blues de Louis Bélanger (10 nominations).

Ajoutons que La Face cachée de la lune que Robert Lepage a adapté de sa propre pièce se retrouve avec les trois coureurs de tête dans la course au meilleur film. 20h17 rue Darling de Bernard Émond, sur fond de suspense et de mélancolie, rafle six nominations de son côté dans des catégories souvent prestigieuses, dont meilleure réalisation, meilleur scénario, etc.

Chacune de ces oeuvres possède ses vertus, alors le jeu de la prédiction s'en complique d'autant. Encore que les films plus médiatisés (et plus vus) que les autres, La Grande Séduction et Les Invasions barbares, devraient rafler le gros des lauriers. Mais lequel des deux dominera? Les Invasions barbares est le plus puissant du duo, cinématographiquement parlant. Cela dit, La Grande Séduction fut plus populaire auprès du public et pourrait dominer la course au meilleur film. Meilleure réalisation: la partie devrait se jouer entre Les Invasions barbares et Gaz Bar Blues. Espérons que ce dernier ne fera pas tapisserie au palmarès. Le Jutra du meilleur scénario ira certainement au film d'Arcand, qui le mérite amplement. Cannes lui a déjà octroyé un prix et le Québec devrait marcher sur ses traces.

Côté meilleur acteur, Rémy Girard devrait l'emporter, comme sa partenaire Marie-Josée Croze du côté des actrices.

On ne s'en réjouira jamais assez: les documentaires québécois sont sortis du placard cette année, surtout À hauteur d'homme de Jean-Claude Labrecque et Roger Toupin, épicier variétés de Benoît Pilon, tous deux en nomination pour la statuette du meilleur documentaire. Difficile de départager, ils méritent le trophée tous les deux. Offrons-le-leur ex aequo et laissons les votants se débrouiller quant au reste.

Ce sera la sixième Soirée des Jutra et, force est de le constater: la célébration en question, qui menaçait au départ de marcher sur les plates-bandes des Génies canadiens, avec en prime le repli sur soi, est devenu plutôt un succès au fil des ans. Le gala offre une tribune à notre cinéma et, en cette année de tous les records, on n'ira pas lui reprocher ce coup de chapeau. Le public sera sans doute au poste et vogue le navire!

La Soirée des Jutra, dimanche 22 février, Artv, 18h30 et Radio-Canada, 19h30.