«Hell or High Water», de David Mackenzie

Toby est aux abois : divorcé, père de deux garçons, il est sur le point de perdre le ranch familial après la longue maladie de sa défunte mère (dont il s’est occupé, sans pouvoir travailler). L’endroit est vétuste, mais les terres sont là ; c’est le seul héritage qu’il peut laisser à sa descendance. Dans l’impasse, il commet une série de braquages avec l’aide de son frère Tanner, un ex-détenu. Bientôt aux trousses des deux jeunes hommes, deux flics dépareillés dont l’un, Marcus, cache un flair redoutable sous ses dehors débonnaires. Présenté à Cannes dans la section Un certain regard, Hell or High Water est un néowestern du meilleur cru. Alternant action — les vols à main armée sont aussi rapides que tendus — et contemplation — celle de la déliquescence d’un pays, d’un rêve —, le film propose un contraste similaire au sein même de son duo principal : la violence couve sous le calme apparent de Toby, tandis que les allures de tête brûlée de Tanner dissimulent un fatalisme résigné. Chris Pine convainc en sobriété hantée face à un Ben Foster très juste derrière l’esbroufe. Marcus et son partenaire offrent eux aussi un jeu de contraste, mais le premier est davantage à l’avant-plan, d’autant que Jeff Bridges l’incarne avec un panache décati absolument formidable. Bémol : une trame country appuyée. Il n’empêche, voilà une ode âpre et laconique à souhait à cet Ouest qui demeure impitoyable, qu’importe l’époque.

Hell or High Water

★★★ 1/2

David Mackenzie États-Unis, 2016, 102 minutes