Une quête éperdue

Cette première réalisation de Tomas Bidegain foisonne d’idées.
Photo: Axia Films Cette première réalisation de Tomas Bidegain foisonne d’idées.

Film romanesque et ambitieux rempli d’ellipses, avec des fulgurances et quelques temps morts, Les cowboys de Thomas Bidegain, scénariste français de renom (Un prophète, Dheepan, etc.) passé à la réalisation, trouve des échos profonds dans les remous actuels du djihadisme, avec une finesse et des pans de mystère préservés.

Bidegain, qui se révèle ici un excellent directeur d’acteurs, s’était au départ penché sur la radicalisation d’avant le 11-Septembre, puisque le film démarre au milieu des années 1990, mais les attentats en France ont perturbé et son tournage à l’heure de Charlie Hebdo et sa diffusion dans la foulée des tueries de novembre dernier, lui offrant un écho troublant. Le film humanise ces conflits en les incarnant, sans chercher à comprendre les causes de la radicalisation, seulement à travers ses conséquences familiales. La réalisation est souvent brillante, faute d’une constante homogénéité, et on suivra les lendemains de ce cinéaste plein de promesses.

Riche idée de départ, longuement et bien mise en scène : asseoir les prémisses dans une fête country, dont des campagnards français sont adeptes. Ce terreau d’acculturation s’impose dès lors comme une métaphore d’une France coupée de ses repères et le film s’y amarre en western ; cowboys contre Indiens (ici les musulmans). Au cours de cette fête, la jeune fille d’une famille disparaît, et ses liens avec un djihad, dont l’Occident ne connaît alors pas grand-chose, se manifestent au fil de l’enquête.

Film en deux temps, déroulé sur quinze ans, les héros père et fils s’y succèdent au premier rôle, avec un formidable duo d’interprètes : François Damiens en père justicier et Finnegan Oldfield en adolescent sacrifié appelé à devenir homme-pont entre les deux mondes.

La première partie est centrée sur la quête paternelle, sous l’obsession de cette fille à retrouver, qui entraîne le personnage, avec ou sans chapeau de cowboy, par monts et par vaux jusqu’au Yémen, au péril de sa vie et de celle de son garçon, y perdant tout (comme Daniel Auteuil dans Au nom de ma fille de Vincent Garenq).

On n’avait jamais vu le Belge François Damiens (Suzanne, La famille Bélier, etc.) dans ce type de rôle d’homme fort, colérique, monomaniaque. Or il excelle dans un registre sombre et dur que les cinéastes devraient lui faire épouser plus souvent.

Le second segment, situé au Pakistan puis dans la campagne française retrouvée, affiche davantage de faiblesses et de références appuyées au western. John C. Reilly y incarne en outre avec un sourire en coin un Américain chasseur de têtes. Des amours entre une jeune Pakistanaise et Kid, après des péripéties dignes du Far West, jouent de facilité, mais le jeune acteur s’ajuste brillamment aux mutations de son personnage.

Si Les cowboys embrasse large, en échappant quelques fils de son intrigue à tiroirs, reste que cette première réalisation de Tomas Bidegain foisonne d’idées et montre une audace et souvent une justesse que bien des réalisateurs chevronnés pourraient lui envier.

Les cowboys

★★★ 1/2

France, 2015, 105 minutes. Western de Thomas Bidegain. Avec François Damiens, Finnegan Oldfield, John C. Reilly, Agathe Dronne, Djemel Barek, Leila Saadali.