Le Festival des films du monde à minuit moins cinq

Le FFM est porté à bout de bras par son fougueux président, Serge Losique, qui a perdu au combat l’essentiel de ses collaborateurs, mais qui refuse de jeter l’éponge.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le FFM est porté à bout de bras par son fougueux président, Serge Losique, qui a perdu au combat l’essentiel de ses collaborateurs, mais qui refuse de jeter l’éponge.

En principe, le Festival des films du monde (FFM) doit dévoiler ce mardi la programmation de sa quarantième édition dans ses salles et sur les écrans extérieurs. Il est minuit moins cinq, puisque le rendez-vous de films doit débuter le 25 août, soit dans neuf jours. Habituellement, la programmation est annoncée en conférence de presse (virtuelle, l’an dernier) dès le début août. Sur le site du FFM, on invite le public à se procurer des billets pour des séances à partir du 20 août, à cinq jours de l’ouverture. Embrasse-moi comme tu m’aimes, d’André Forcier, doit partir le bal à l’Impérial. Des titres de films sont déjà dévoilés ici et là par les distributeurs : ainsi, trois films flamands feraient partie de la compétition internationale.

Au FFM, on nous assure que l’ensemble de la programmation sera bel et bien annoncée ce mardi sur le site et que les projections se dérouleront à l’Impérial et au complexe Cinema Forum. Aucune conférence de presse n’est prévue. Puisque des travaux de la Ville encombrent la voie devant le cinéma Quartier latin, où se déroulaient des projections du FFM hors Impérial, le cinéma Forum avait été approché. Pour avoir accès à ce complexe dans l’ouest de la ville, roulant sous la même bannière Cineplex Divertissement que le Quartier latin, les négociations auraient été longues et ardues, faute de versements d’argent au gros exploitant de salles l’an dernier.

Privé de subventions depuis trois ans, en déclin depuis une quinzaine d’années, le FFM est porté à bout de bras par son fougueux président, Serge Losique, qui a perdu au combat l’essentiel de ses collaborateurs, mais qui refuse de jeter l’éponge. Payés en tout, en partie ou pas du tout pour l’édition précédente après une action collective, les membres de son équipe, y compris des techniciens d’expérience, ont quitté le navire.

Services gratuits

Les problèmes de liquidités du FFM tiendraient du gouffre. Ainsi, Jason Bashnick, propriétaire de FreshAirCinema, compagnie en charge des projections sous les étoiles du FFM depuis 2013, avoue ne pas avoir été payé pour l’année 2015. Il affirme que le président du FFM lui a demandé d’offrir gratuitement ses services cet été, faute de fonds. « Nous sommes une petite compagnie familiale. Je travaille avec mes trois frères, et M. Losique nous doit déjà 35 000 $ pour 2015, une somme importante qu’il ne nous paiera pas », affirme Jason Bashnick.

Faute de versements pour l’année 2015 et d’une avance pour 2016, Fresh Air Cinema n’est pas intéressée à s’y piquer. « C’est vraiment embarrassant pour Montréal », soupire Jason Bashnick. Mais, si le festival a réussi à obtenir des écrans de Cineplex au Forum, malgré la tourmente, il peut déjà s’estimer chanceux.