L'aide du gouvernement est demandée - La Cinémathèque sonne l'alarme

Les finances de la Cinémathèque québécoise sont tellement dans le rouge que ses employés syndiqués font circuler depuis jeudi dernier une pétition, vrai cri d'alarme destiné aux membres de l'Assemblée nationale. Ils demandent au gouvernement québécois de soutenir leur institution par des actions concrètes, des solutions créatives (taxe à la billetterie, loto, etc.) et incitatives afin de l'aider à accroître son budget de fonctionnement. Plus de 1000 personnes ont déjà signé cette pétition qui se retrouvera sur le site de la Cinémathèque à la fin de la semaine.

«À cause d'un financement insuffisant, des pans entiers de ce qui fait la renommée de la Cinémathèque au Québec comme à l'étranger sont menacés. Il faut réagir avant que des changements draconiens et irréversibles n'affectent l'institution et ne la ratatinent à jamais», lancent-ils comme une bouteille à la mer. Le texte précise que la fréquence et la variété des projections pourraient être affectées, que les documents non filmiques (photos, dessins, appareils) risquent de se retrouver sans conservateur, que les expositions pourraient être abolies et le mandat éducatif abandonné.

Rappelons que les employés et cadres de l'institution sont pris à la gorge entre autres par un déficit accumulé de 579 000 $. Comme celui-ci est plus élevé que leur marge de crédit, banques et subventionneurs refusent de l'éponger. Cadres et employés de la Cinémathèque ont donc accepté il y a deux semaines de voir leur salaire tronqué de 20 % (une journée en moins par semaine) pour le présent exercice financier. Par ailleurs, les projections publiques seront suspendues du 16 mai au 13 septembre afin de permettre à l'équipe de la Cinémathèque d'élaborer un plan de restructuration et d'élaguer les collections en vue du dépôt légal prévu à l'automne 2004.

L'institution doit trouver 400 000 $ au cours des prochaines années. Bien des employés de la Cinémathèque appréhendent les abolitions de poste et craignent que la vocation de l'institution ne prenne ainsi du plomb dans l'aile. Il y a deux semaines, le directeur de la boîte, Robert Boivin, admettait qu'il faudra sans doute couper dans la masse salariale. «Le syndicat et la direction sont pour l'heure en quête d'une solution commune afin de minimiser l'impact des compressions sur les employés et le mandat de la Cinémathèque. D'ici la fin du mois de mars, des propositions devraient être sur la table», explique la directrice des communications, Diane Gladu.

Hier, la direction et le syndicat faisaient parvenir aux médias un communiqué conjoint afin d'exprimer leurs graves inquiétudes: «Tous à la Cinémathèque sont conscients qu'ils doivent oeuvrer sans tarder à un redressement rigoureux, peut-on y lire notamment. Mais ils sont aussi conscients qu'ils ne pourront seuls venir à bout de tous les problèmes financiers, dont celui d'un sous-financement chronique.»

Et d'envoyer un appel à tous: «La volonté de prise en charge de l'avenir de cette institution unique dans le paysage cinématographique et télévisuel du pays doit aussi passer par la place publique.»
2 commentaires
  • Anne McConnell - Inscrite 18 février 2004 10 h 27

    Déplorable

    Etatsunienne vivant au Vermont, je trouve l'existence de la Cinémathèque un grand atout pour tous ceux qui aiment le cinéma et qui font des recherches dans ce domaine.

    Professeure, je ne sais ce que je ferais si cette ressource, qui devrait être une des étoiles qui fait briller le Québec artistique et intellectuelle, disparaissait ou s'affaiblissait.

  • Jocelyne Gauthier - Inscrite 19 février 2004 10 h 14

    Urgence

    La cinémathèque doit être considérée autant un bien collectif et essentiel que la Grande Bibliothèque. Tout notre passé cinématographique s'y retrouve et souvent aussi notre passé historique. Il est impensable que toute cette richesse ne soit plus disponible au public.

    Il y a sûrement un moyen d'apporter un revenu régulier à cette institution. Loto Québec pourrait effectivement apporter sa contribution annuelle. Qu'au moins, le jeu serve à quelque chose d'intelligent. Un million par année aiderait grandement la Cinémathèque à se maintenir. J'espère que le gouvernement y pensera sérieusement.

    Jocelyne Gauthier