Mystères entourant la 40e édition du FFM

Le président du Festival des films du monde, Serge Losique
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le président du Festival des films du monde, Serge Losique

Des zones d’ombre entourent la tenue du 40e Festival des films du monde, dont le film d’André Forcier Embrasse-moi comme tu m’aimes doit assurer l’ouverture le 25 août prochain. Ce cinéaste est toujours demeuré fidèle au festival de Serge Losique, seul de catégorie A en Amérique du Nord, même en pleine tempête. L’audace, la débrouillardise et la persévérance du capitaine forcent son respect. Pareille ténacité dans l’adversité paraît effectivement sans égale. Le président a perdu aussi bien des alliés et faisant cavalier seul, n’a pas formé de dauphin, ni modernisé ses approches.

Serge Losique, fondateur du rendez-vous, tient à célébrer ce 40e anniversaire. Selon nos informations, des hypothèques sur le beau cinéma Impérial, dont le festival est propriétaire via un organisme à but non lucratif, et sur des biens privés du président du FFM ne suffiraient pas à endiguer les problèmes financiers d’une manifestation endettée. Le festival est également en litige avec la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).

Son conseil d’administration s’est dépeuplé. Jusqu’au grand mandarin de l’État, Louis Roquet, qui avait rejoint les rangs du CA du FFM en 2015, à la suite du départ de Michel Nadeau. Celui que Serge Losique présentait alors comme un homme avisé capable d’éclairer le festival sur le plan économique les a quittés il y a deux mois.

« Il n’a pas voulu suivre les conseils de ses amis, soupire-t-il. Tous les gens qui étaient autour [de lui] lui voulaient du bien, sans être entendus pour autant. C’est dommage, car la contribution de Serge Losique est importante, mais il n’a pas su gérer la transition du FFM. »

Le bateau tangue plus que jamais. À 20 jours de l’événement appelé à se dérouler jusqu’au 4 septembre, on ignore toujours si les médias auront droit à une conférence de presse virtuelle (comme l’an dernier) pour aligner leurs flûtes. Aucune convocation aux médias n’a encore été faite en ce sens. Pour l’heure, le festival ne semble pas avoir d’attaché de presse de toute façon. Nos demandes de renseignement demeurent sans réponse.

Dans quelles salles ?

Mystère aussi quant aux salles, outre l’Impérial, destinées à accueillir les projections du Rendez-vous. Des sources indiquent que 150 longs métrages, en plus des moyens et des courts, seraient au menu, mais projetés où ? L’Impérial ne possède qu’un seul écran, ce qui réduirait l’offre, advenant l’absence d’autres cinémas disponibles.

Le complexe du Quartier latin, qui pâtit des travaux de réfection devant son enseigne, rue Émery, n’est pas sollicité par le FFM cette année. Le Quartier latin est sous bannière Cineplex, tout comme le cinéma Forum au coin d’Atwater, qu’on a dit envisagé par le président du FFM, Serge Losique, pour accueillir l’édition anniversaire, mais Cineplex accepterait-il de s’y frotter encore ? Rien ne l’indique, selon nos sources. Des défauts de paiement pour l’année précédente seraient notamment en cause. Chose que Cineplex n’a pas désiré commenter. L’hôtel Hyatt a confirmé de son côté les réservations du FFM pour ses dates.

Tous les gens qui étaient autour [de lui] lui voulaient du bien, sans être entendus pour autant. C’est dommage, car la contribution de Serge Losique est importante, mais il n’a pas su gérer la transition du FFM.

 

Le gros commanditaire Québecor l’appuie encore, mais le rendez-vous, faute de subventions publiques depuis trois ans, traverse une tourmente financière. Pour l’édition 2015, des employés ont été rémunérés en retard, en tout ou en partie. 83 salariés avaient obtenu salaire en février dernier, après action collective sous le parapluie de la Commission des normes du travail, et ils ont très majoritairement quitté le navire sans désirer participer à cette 40e édition.

Chez les travailleurs autonomes, non liés par l’action collective, certains auraient été payés pour 2015, d’autres non, ou partiellement. Des collaborateurs, jeunes pour la plupart, seraient embauchés cette année, à titre de travailleurs autonomes seulement, ce qui leur retirerait la possibilité de la poursuite collective par la Loi sur les normes du travail, en cas de défaut de paiement.

Le FFM n’en est pas à se premiers déboires. En 2005 et 2006, les bailleurs de fonds publics lui avaient déjà coupé les vivres, arguant entre autres un manque de transparence et de renouvellement, mais il avait retrouvé ses subventions en 2007 après tentative avortée de mettre sur pied un autre rendez-vous.

Avec les Chinois

Rappelons qu’outre ses sections habituelles ; Compétition mondiale, Hors concours, Cinémas du monde, etc., le FFM propose pour la première fois le Festival spécial des films chinois.

L’un expliquant sans doute l’autre, le FFM décernerait aussi ses premiers Chelems d’or offerts par un mécène (il s’agirait du Fonds d’investissement chinois et producteur de cinéma Gold-Finance, centré à Hangzhou, qui a ouvert une succursale à Montréal en mai dernier, déjà commanditaire du FFM en 2015). 1 million $US est ainsi offert en 13 bourses pour les lauréats des sections compétitives du rendez-vous remises au palmarès du 5 septembre. Ainsi, le Grand Prix des Amériques est assorti d’une bourse de 250 000 $, le Prix d’or du volet chinois d’une de 110 000 $, etc. Ce qui devrait pousser des producteurs à proposer des films au FFM, malgré sa situation délicate.

Cet argent est placé en fidéicommis chez un notaire de Montréal, pour usage unique. Il ne peut être utilisé pour renflouer les coffres d’une boîte qui en aurait bien besoin.

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2 commentaires
  • Eric Lessard - Abonné 5 août 2016 07 h 04

    Mon expérience

    Il y a 20 ans, j'étais très enthousiste à propos de ce festival de film. Après tout, c'était une occasion unique de voir des films qu'on n'aurait probablement plus jamais la chance de voir dans sa vie.

    Mais de nos jours, il est facile d'avoir accès à toutes sortes de films pour un prix très bas par rapport au passé. Ce qui fait que les gens comtent leurs dollars et ont nettement l'impression que de participer à ce festival n'est pas une bonne affaire étant donné le rapport qualité/prix qui n'est plus compétitif.

    De nos jours, les salles de cinéma ne doivent leur existence qu'à leur monopole sur les nouveautés. Si les films sortaient en streaming en même temps que dans les salles, la grande majorité d'entre elles fermeraient immédiatement tellement la majorité des gens préfèrent les plateformes numériques, notament pour des raisons économiques et pratiques.

    Pour qu'un tel festival fonctionne bien, il faudrait davantage de subventions, des commandites, une plateforme internet intéressante et des prix plus abordables. Si les prix étaient à 4$ pour voir un film plutôt que 12$, les salles seraient probablement pleines comme autrefois. Tout est une question de rapport qualité/prix.

  • Yves Archambault - Inscrit 5 août 2016 10 h 37

    madame

    votre reportage n'est pas complet vous oubliez de dire que Losique a des poux partout.