«L’escadron suicide»: Pommes pourries

Le Joker (au centre), joué par Jared Leto, a une apparence d’enfer, mais apparaît très peu dans le film, alors que Margot Robbie (à droite), en Harley Quinn, fait plus fillette gâtée que psychopathe.
Photo: Warner Bros Le Joker (au centre), joué par Jared Leto, a une apparence d’enfer, mais apparaît très peu dans le film, alors que Margot Robbie (à droite), en Harley Quinn, fait plus fillette gâtée que psychopathe.

Après une tonitruante campagne promotionnelle, L’escadron suicide se casse les dents avec tout autant de fracas. Surprenant ? Pas tellement puisqu’on ne saurait dire que Batman vs Superman : l’aube de la justice a rempli la commande. À quoi donc aura servi tout ce tapage autour de Jared Leto en Joker ? Certes, il a un look d’enfer, mais pourquoi le réduire à de la quasi-figuration ? Idem pour Ben Affleck en Batman, contre qui tous les supervilains réunis sous la houlette du tâcheron David Ayer (Fury) ont une dent.

Campé quelque temps après la disparition de Superman, le récit met en scène l’intraitable Amanda Waller (imposante Viola Davis) qui, sous prétexte de se débarrasser du Joker, forme un escadron de supervilains, dont Deadshot (Will Smith, le seul qui semble conscient du désastre) et Harley Quinn (Margot Robbie, plus fillette gâtée que psychopathe). Toutefois, la toute-puissante — et tout aussi ridicule ! — Enchantress (Cara Delevingne, pitoyable) viendra contrecarrer les plans de tous.

Scénario décousu, rythme hésitant, imagerie terne, réalisation bancale, interprétation disparate : décidément, ça ne va bien pour ces supervilains dont on attendait si impatiemment l’arrivée au grand écran. Alors qu’Enchantress gesticule en menaçant de prendre le contrôle du monde, l’escadron doit l’empêcher de détruire, davantage, Gotham City. En chemin, il devra terrasser les sbires de la déesse, sortes de créatures minérales et friables. Vainement, on attendra le combat épique, l’affrontement mémorable ou la cascade vertigineuse.

Confusion visuelle

Dans chaque scène où les vilains se battent, Ayer privilégie une lumière très sombre, parfois traversée de quelques éclats néon, parfois voilée par la pluie. Si ce parti pris donne à l’ensemble la facture d’un comic book trash, le montage à la tronçonneuse et la caméra survoltée donne un résultat confus et peu attrayant.

Alors qu’Ayer prend bien son temps pour présenter chaque vilain, l’histoire qu’il raconte se révèle bien simpliste. Aurait-il fallu retirer quelques pions du jeu ? Sans doute puisque les personnages sont d’un intérêt inégal. Du coup, on aurait peut-être eu droit à un récit plus étoffé et plus riche en rebondissements. Et aussi, à des personnages plus effroyables et plus mémorables. Certes, on ne voudrait pas les rencontrer dans une ruelle, peu importe l’heure du jour, mais à l’écran, aucun ne provoque l’émoi que suscitait Heath Ledger en Joker chez Nolan.

Plus raté que Batman vs Superman, L’escadron suicide prouve hors de tout doute que la franchise DC Comics devrait passer à un autre appel. Décidément, ça augure bien mal pour Justice League où l’on retrouvera l’homme chauve-souris, l’homme d’acier, Wonder Woman, The Flash, Aquaman, Cyborg… et peut-être même le Joker.

L’escadron suicide (V.F. de Suicide Squad)

★★

États-Unis, 2016, 123 minutes. Drame fantastique de David Ayer. Avec Viola Davis, Will Smith, Margot Robbie, Joel Kinnaman, Cara Delevingne, Jared Leto et Ben Affleck.