La crainte de l’aventure

Benjamin Lavernhe représente la seule véritable surprise du «Goût des merveilles».
Photo: Axia Films Benjamin Lavernhe représente la seule véritable surprise du «Goût des merveilles».

Un film éveille parfois le souvenir clair et précis d’autres films du même genre, montrant à quel point le cinéaste s’engage sur les mêmes sentiers que ses prédécesseurs, et qu’il n’avait pas l’intention de prendre une autre direction, encore moins de réinventer la roue.

C’est ce sentiment, persistant, que suscite Le goût des merveilles, un travail consciencieux et consensuel signé Éric Besnard (Mes héros), ayant visiblement pris beaucoup de notes devant Forrest Gump et Rain Man. Joli subterfuge, il plante son décor dans la Drôme provençale, paysage idyllique parfumé de lavande et baignant dans une lumière éclatante, au point d’avoir du mal à convaincre que le gel menace vraiment les récoltes de la belle héroïne interprétée par la non moins séduisante Virginie Efira (Caprice, 20 ans d’écart).

Veuve et mère de deux enfants, prise à la gorge par la banque à cause des mauvais rendements de son domaine agricole, Louise a suffisamment de soucis lorsque Pierre (Benjamin Lavernhe) surgit sur le pare-brise de sa voiture qui roule à bonne vitesse. Le jeune homme en est quitte pour quelques égratignures, mais montre vite sa propension à tout calculer avec une précision maniaque, à faire régner l’ordre (même s’il n’est pas chez lui) et à s’attacher à cette femme à la fois séduite et confuse par sa perspicacité malgré sa démarche d’automate. Avant qu’elle ne découvre qu’il souffre du syndrome d’Asperger, le voilà qui transforme son quotidien, celui de ses enfants (un garçon rivé à ses jeux vidéo et une ado en début de rébellion), et pourrait en faire beaucoup plus si on lui laissait la chance de sortir des griffes d’un système effrayé par la différence, représenté ici par l’unique Hiam Abbass que l’on a déjà vu plus inspiré.

Romance pudique

Dans le déroulement de l’affaire, vous faut-il de longues explications pour imaginer la suite ? Celle-ci est télégraphiée dès les toutes premières scènes (même la magnifique chanson de Véronique Sanson Bahia est appelée en renfort symbolique), romance très pudique dans un décor idyllique avec obstacles à la clé, question de prolonger un petit suspense qui n’en est pas vraiment un.

Il faut tout de même saluer le choix de Besnard d’avoir opté pour une figure peu connue pour défendre cet être d’une sensibilité extrême, d’une intelligence supérieure et aux comportements stoïques, donc déstabilisants. Benjamin Lavernhe, presque toujours contraint de porter un étouffant complet à la coupe et aux couleurs austères, représente la seule véritable surprise du Goût des merveilles, titre qui évoque aussi une pâtisserie. Encore là, on veut sans aucun doute nous prévenir du caractère sucré (ou suranné ?) de cette petite sérénade sur les vertus de la différence. Dommage que la mise en scène reste trop souvent muette à ce sujet.

Le goût des merveilles

★★ 1/2

France, 2015, 101 minutes. Drame sentimental d’Éric Besnard. Avec Virginie Efira, Benjamin Lavernhe, Lucie Fagedet, Hervé Pierre.