Paysages écossais

Le cinéaste Terence Davies à la Berlinale en février dernier
Photo: John MacDougall Agence France-Presse Le cinéaste Terence Davies à la Berlinale en février dernier

En 1971, alors dans la mi-vingtaine, Terence Davies (Une longue journée qui s’achève, Chez les heureux du monde) attendait fébrilement d’une semaine à l’autre le prochain épisode de la minisérie Sunset Song diffusée sur la chaîne BBC. Passionné par cette histoire d’amour, de pardon et de rédemption, le cinéaste anglais a dû se battre pendant 18 ans afin d’obtenir le feu vert pour adapter ce roman de Lewis Grassic Gibbon, considéré comme le chef-d’oeuvre par excellence de la littérature écossaise.

« Je dirais que mon film est partiellement influencé par cette série ; j’en garde un souvenir tout de même assez flou, bien que je me rappelle très bien Vivien Heilbron, qui interprétait Chris Guthrie. On m’a donné une copie de la série, mais je n’ai pas voulu la revoir. Je me souviens très bien de l’impact que ce récit a eu sur moi sans toutefois me rappeler précisément les détails », a confié Davies lors d’un entretien téléphonique.

Ce qui le fascinait notamment dans ce récit campé au début du XXe siècle, c’était le personnage de Chris Guthrie qu’incarne l’ex-mannequin Agyness Deyn : « Quand j’allais au cinéma dans les années 1950, les personnages féminins étaient très forts et ce qui me plaît dans Sunset Song, qui illustre la condition de la femme avant la Première Guerre mondiale, c’est qu’au-delà de la force de caractère de Chris Guthrie, je crois que le roman véhicule cette idée que chaque être humain peut se dépasser. »

Si l’action de Sunset Song se déroule dans la campagne écossaise, certains des paysages, croqués en 70 mm, sont en fait néo-zélandais. « Je vous rassure : il y a des paysages qui sont réellement écossais. Dans les scènes où les personnages marchent dans les champs, ce sont des paysages typiquement écossais. Nous n’avions pas le choix d’aller tourner en Nouvelle-Zélande parce que le climat écossais est beaucoup trop instable. Nous risquions de ne nous retrouver qu’avec des scènes de pluie. Or, l’histoire exigeait du beau temps. »

Terence Davies poursuit : « Je travaille habituellement avec le directeur photo allemand Florian Hoffmeister, mais il n’était pas disponible. Si j’ai choisi Michael McDonough, ce n’est pas parce qu’il est Écossais, mais parce que j’aimais ce qu’il avait fait sur Albert Nobbs de Rodrigo Garcia. En le rencontrant, j’ai compris qu’il était la personne idéale pour capter la beauté de l’Écosse. À mes yeux, Hoffmeister et McDonough sont de merveilleux artistes. »

Influences danoises

Lors des scènes d’intérieur, tournées en numérique, Sunset Song évoque un certain peintre néerlandais du XVIIe siècle avec sa douce lumière et ses cadrages d’une précision chirurgicale. « Je dois dire que Vermeer est mon artiste préféré, mais c’est au directeur artistique Andy Harris que l’on doit l’esthétique de mon film. C’est lui qui a suggéré de nous inspirer du peintre danois Vilhelm Hammershøi, qui est mort environ à l’époque où se situe le récit de Sunset Song. En découvrant ses toiles, j’ai eu envie de m’inspirer des intérieurs qu’il peignait, de la lumière pénétrant les pièces par les fenêtres, des personnages féminins se tenant à la fenêtre et qui donnent une idée du mode de vie de l’époque. »

Ce mode de vie, le cinéaste a voulu le suggérer en imposant à son film un rythme contemplatif et une nature introspective. « Je voulais que le rythme respecte celui des heures qui défilent en une journée, celui des saisons, de la semence à la moisson. C’était présent dans le livre et c’était inscrit dans la façon de vivre des gens. À l’époque, les distances étant plus longues à franchir, on préférait rester chez soi à la campagne plutôt que d’aller se divertir en ville, d’où l’importance de la musique et des chants dans mon film. Modestement, ces gens-là parvenaient à se divertir entre eux », conclut Terence Davies.

Sunset Song

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