Un rêve à transmettre

Son film pour toute la famille, intitulé Le Papillon bleu, donne la vedette à William Hurt et Pascale Bussières et sort vendredi prochain sur 70 écrans du Québec. Léa Pool y a appris à travailler dans des conditions nouvelles.

Léa Pool aime lancer, en exergue au Papillon bleu, une phrase proférée naguère par son personnage Anne Trister: «Je voudrais avoir le courage de mes rêves.» À son avis, le cheminement même de l'histoire à l'origine du film repose sur la transmission d'un rêve.

«Tout a commencé il y a dix-sept ans, précise la cinéaste, par le rêve initial d'un enfant de six ans qui a été guéri d'un cancer après avoir accompli son plus grand voeu.» Ce petit garçon brûlait de voir au Costa Rica le papillon morpho bleu en compagnie de Georges Brossard, le fondateur de l'Insectarium. Et après le voyage, sa tumeur a bel et bien disparu.

«Il a donné son rêve à Georges Brossard, qui a voulu adapter l'histoire au cinéma, poursuit Léa Pool. Ma productrice, Francine Allaire, l'a porté ensuite en se battant sept ans avant d'obtenir le financement. J'en ai repris la continuité en saisissant ce rêve à mon tour.»

C'était la première fois que Léa Pool s'attaquait à ce type de projet, qui lui fut d'ailleurs offert. Îuvre de commande, oui, mais qu'elle estime avoir mise à sa main. La réalisatrice de La Femme de l'hôtel et d'Emporte-moi a adopté une petite fille d'origine chinoise et se sent plus proche du monde de l'enfance aujourd'hui qu'hier.

On connaît la suite: un film qui donne la vedette au grand acteur américain William Hurt dans la peau de l'entomologiste, aux côtés de Pascale Bussières en mère de l'enfant, de Marc Donato en garçon malade, mais aussi des Amérindiens Bribri qui ont accueilli l'équipe sur leurs terres et joué à leur tour.

«J'aime diriger les acteurs, dit-elle. Dans ce film-là, je devais m'adapter à chacun, de William Hurt, qui possède énormément de métier mais aime répéter beaucoup, à Marinella, une jeune réfugiée du Nicaragua qui ignorait ce qu'était le cinéma, en passant par Pascale Bussières, qui joue à l'instinct.» Le tout en passant de l'anglais à l'espagnol, car le film a été tourné dans ces deux langues, puis doublé dans la nôtre.

Tournage sous les tropiques

Léa Pool dut apprivoiser un tournage sous les tropiques, avec les pluies diluviennes qui menaçaient de tout inonder, les maladies diverses. Vingt-neuf jours là-bas à travers la chaleur et l'humidité, l'attente des changements de température, car la pluie tombait sans prévenir et disparaissait aussi vite, permettant enfin aux caméras de tourner. Il a même été question d'abandonner le plateau et sa jungle pour un coin de pays plus clément.

«J'ai découvert ensuite tout l'univers des images générées par ordinateur, évoque la cinéaste. La grotte dans laquelle tombe l'entomologiste est redessinée en images numériques. Ce décor n'existait pas et la scène fut tournée en studio, tout comme les rêves de l'enfant. Marc Donato était placé devant un écran bleu et on reconstruisait autour de lui une forêt, des bestioles, etc. Ça se faisait dans les studios de Daniel Langlois, où son équipe trouvait plus intéressant et plus fin de dessiner le vol d'un papillon (le morpho bleu est conçu par ordinateur) que des gros effets moins délicats.»

Aujourd'hui, Léa Pool se dit contente du résultat. Sa fille a aimé le film, qui fut présenté devant sa classe. «Je n'aurais pas fait Le Papillon bleu il y a quatre ans ni dans huit ans, confesse la cinéaste. Il correspond à une période de ma vie. Mais le piège du pathos fut évité et, dans une certaine mesure, on a su conserver une intériorité dans cet univers d'aventure.»

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