Ronfard ou le jeu perpétuel

Ce documentaire, premier film de Mélanie Leclerc, tourné entre septembre 2001 et février 2002, ressuscite un moment le grand homme de théâtre que fut Jean-Pierre Ronfard. Le portrait constitue aussi, même si Ronfard l'ignorait au moment du tournage, une sorte de testament renfermant sa vision du théâtre. Nous parvenant près de cinq mois après la mort de celui qu'il observe, ce film hérite ainsi d'un poids et d'une portée supplémentaires.

Ce sont non seulement quarante années de théâtre au Québec qui renaissent ici, mais quarante années d'un théâtre chaque fois réinventé, car Ronfard est demeuré du début à la fin un homme allergique à toute forme de routine, en perpétuel renouvellement, tant comme metteur en scène qu'à titre d'auteur ou

de comédien.

Ronfard remonte le cours de sa carrière, avec arrêt à la Maison de Beaujeu et à la caserne de pompiers devenue théâtre. Des collaborateurs, des amis, des observateurs de la scène théâtrale témoignent également. Pol Pelletier, jadis à ses côtés et aux côtés de Robert Gravel à la tête du Théâtre expérimental de Montréal, nous offre sa fine intuition du personnage. Elle décrit Ronfard comme un enfant en jeu perpétuel, qui n'aimait guère les longues répétitions, bourgeonnait et se lassait vite, inventait autre chose. Ronfard précise s'être amusé à enlever l'un après l'autre les constituantes du théâtre, pour voir si c'était toujours du théâtre.

Le critique Robert Lévesque n'hésite pas à décrire le couple théâtral autrefois formé par Jean-Pierre Ronfard et Robert Gravel comme aussi important que le duo Michel Tremblay-André Brassard.

Ronfard révélera d'ailleurs à quel point le chagrin l'a habité à la mort de son complice. Gravel était son contraire et leur duo se complétait à merveille. D'où les perles qu'ils ont semées sur leur chemin.

Des documents d'archives, vraiment précieux dans le contexte, permettent de remonter le parcours de Ronfard, avec point d'orgue sur l'expérience cruciale de Vie et mort d'un roi boiteux, son grand oeuvre.

C'est la liberté du personnage, son amour de la création et de la vie qui éclatent ici. Ce documentaire ne renouvelle ni n'expérimente rien de son côté par sa forme, mais son sujet, perçu à travers le regard de Ronfard et les multiples témoignages venus éclairer ses facettes, captive et émeut tout à la fois.

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