Froide romance

L'histoire est une romance classique. Celle d'un homme habitué à sauter vite d'un amour à l'autre, foudroyé au premier regard par les yeux candides d'une belle dame, qui lui feront découvrir sa vulnérabilité et son romantisme enfouis. La réalisatrice Deepa Mehta (Fire, Bollywood Hollywood), d'origine indienne, habite Toronto et entremêle depuis Sam and Me en 1991 (Caméra d'or à Cannes) des univers culturels et émotionnels qui se heurtent.

On comprend ici son projet de réaliser un film romantique, genre qui lui semble mal adapté à notre époque et à nos modes de vie, et dont elle avait envie de revisiter le huis clos de l'isolement amoureux. Mais on l'a vraiment connue plus inspirée. Ici, dans une tentative de créer des personnages modernes (inspirés du roman de Carol Shields), elle les transforme en icônes froides sans chair autour de l'os. Seule la musique indienne de Talvin Singh collée aux mouvements des protagonistes nord-américains apporte au film une certaine étrangeté poétique, propre à la cinéaste. Sinon, Deepa Mehta signe ici un film canadien-anglais typique, dans sa dimension la plus polaire.

Difficile pour le spectateur de s'attacher à Tom (Bruce Greenwood), animateur de radio hot et populaire, comme à Fay (Emilia Fox), folkloriste au visage d'ange, idéaliste et romanesque, à qui l'amour sans faille de ses parents a inspiré des attentes impossibles. Ils ressemblent à tant d'autres citadins esseulés de leur espèce, sans personnalité attachante. Leur coup de foudre a l'air fabriqué de toutes pièces et leur relation, artificielle. Même la rupture inattendue des parents de Fay après quarante ans d'union se joue sur un registre ennuyeux, peinant à susciter l'émotion. Toronto en fond de scène ajoute une froideur à une mise en scène de glace pour des personnages dépourvus de vraie chaleur. La comédie romantique est pourtant un genre qui lève parfois. Aux États-Unis comme en France, on la voit se décliner sur tous les tons, avec dans les meilleurs cas des amoureux habités et colorés. Ici, la retenue de Deepa Mehta empêche toute chimie passionnelle d'opérer, et les comédiens demeurent en surface d'eux-mêmes, faute d'avoir été vraiment invités à plonger.

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