Suspense superficiel

Ne tournons pas autour du pot: cette oeuvre pompière et résolument vide, qui se réclame de la peinture du Caravage et de Rembrandt, peine à s'élever au niveau de... la réclame, spécialité de Rudy Barichello, issu du milieu de la publicité, qui signe ici son premier long métrage.

Dans les premières minutes de Dans l'oeil du chat, Simon (Jean-Nicolas Verreault) revient sur le site de sa grande histoire d'amour avec Pauline (Julie Le Breton), qui l'a quitté pour parcourir le monde, puis pour l'au-delà, depuis Calcutta où elle se serait prétendument suicidée. L'appartement vide de Pauline, qu'on ne quittera jamais, sera le théâtre d'une autre histoire d'amour, celle-là torturée, entre Simon et Gégé (Isabel Richer), meilleure amie de la défunte. Mais le fantôme de Pauline est encore présent, comme en témoignent les souvenirs qui assaillent Simon, montrés en flash-backs. Celui-ci, épié par le chat qui a élu domicile en ces lieux, refuse de croire à cette mort nébuleuse et reste inconsolable malgré le palliatif affectif que lui procure Gégé, laquelle, de son côté, s'accroche.

Sur le thème du deuil, de la fidélité, de la trahison et de l'incommunicabilité, Barichello a échafaudé un suspense superficiel aux développements interchangeables, enveloppé, qui plus est, dans une plastique prétentieuse et racoleuse. Le cinéaste misant toutes ses énergies sur les non-dits creux et les jeux de lumière savants (alternance de clairs-obscurs et de contre-jours, d'ocres chauds et de cramoisis inquiétants), les acteurs, embaumés par un trop-plein d'intentions, en sont réduits à poser davantage qu'à jouer.

Verreault, il est vrai, se prête à l'exercice avec une certaine nonchalance, comme Tadzio enivré par le regard flatteur d'Aschenbach posé sur lui. Or le film repose sur son drame intérieur, lequel devrait être transmis par ses gestes, ici vides de sens. Plus ambigu et secret, le personnage d'Isabel Richer annonce d'entrée de jeu un véritable potentiel. Hélas, les dialogues dont on l'afflige sont d'une telle pauvreté, et son éventail de sentiments si restreint, que le dénouement dont elle est l'ouvrière la couvre de ridicule.

Entre le huis clos oppressant du Locataire de Polanski et l'érotisme glacé du Neuf semaines et demie d'Adrian Lynne, le film de Barichello semble chercher vainement un créneau et un ton qui lui soient personnels. Or Barichello n'a rien de passionnant à dire et ne possède pas un talent de conteur qui lui permettrait de compenser cette lacune. Il a beau multiplier les effets de style et épaissir son intrigue au moyen de personnages-satellites (dont Pierre Lebeau en proprio indiscret), le vide de son film n'est jamais comblé par la curiosité qu'il aurait pu inspirer s'il avait fait preuve d'un peu plus d'invention et de moins de prétention.

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À l'affiche cette semaine

THE REPUBLIC OF LOVE

Canada-Grande-Bretagne, 2003, 96 min.

Comédie dramatique de Deepa Mehta avec Bruce Greenwood, Emilia Fox, Edward Fox.

À Toronto, l'animateur de radio Tom et la conservatrice de musée Fay se rencontrent à une fête d'Halloween et c'est le coup de foudre. Mais leur projet de mariage est compromis lorsque les parents de la jeune femme se séparent.

* V.o.: Forum, Cavendish

BUBBA HO-TEP

États-Unis, 2002, 92 min.

Comédie fantaisiste de Don Coscarelli avec Bruce Campbell, Ossie Davis, Ella Joyce.

Dans une maison de repos pour personnes âgées au Texas, Sebastian Haff, qui prétend être Elvis Presley, et l'Afro-Américain Jack, qui affirme être John F. Kennedy, enquêtent sur des morts mystérieuses qui seraient, selon Jack, l'oeuvre d'une momie égyptienne.

* V.o.: Cinéma du Parc

DANS L'ÎIL DU CHAT

Québec, 2003, 93 min.

Thriller de Rudy Barichello avec Jean-Nicolas Verreault, Isabel Richer, Pierre Lebeau, Julie Le Breton.

Tandis qu'il vient vider l'appartement de sa fiancée Pauline, qui s'est suicidée lors d'un voyage en Inde, Simon Clément fait des découvertes troublantes l'incitant à croire que sa bien-aimée est toujours vivante.

* V.o.: Place LaSalle, Quartier latin, StarCité, Beaubien

* V.o. avec s.-t.a.: Forum

IN MY SKIN

(Dans ma peau)

France, 2002, 93 min.

Drame psychologique réalisé et interprété par Marina de Van avec Laurent Lucas, Léa Drucker.

Esther est une jeune professionnelle sans histoire. Mais un jour, elle se blesse à la jambe en heurtant des débris métalliques. Fascinée par ses cicatrices et découvrant qu'elle se complaît dans la douleur, Esther en vient à s'automutiler de façon inquiétante.

* V.o. avec s.-t.a.: Cinéma du Parc

MADAME BROUETTE

Canada-Sénégal-France, 2002, 104 min.

Drame de moeurs de Moussa Sene Absa avec Rokhaya Niang, Aboubacar Sadikh Bah, Ndèye Sénéba Seck.

À Dakar, les circonstances entourant la mort du policier corrompu Naago, trouvé criblé de balles sur le pas de la porte de la jeune mère divorcée Mati, une femme fière et déterminée qui vivait depuis quelques mois avec le défunt.

* V.o.: Parisien, Ex-Centris

Source: médiafilm.ca