Cinéma - Téléfilm apporte des précisions

Depuis la mi-décembre, l'institution est prise dans la tourmente des contestations. Les tirs nourris sont venus autant du camp des cinéastes que de celui des gros producteurs (pour des raisons opposées) et visent la nature et la répartition des programmes d'aide au cinéma. Hier, tout l'état-major de Téléfilm Canada rencontrait la presse pour faire le point en ces houleuses matières.

Rien de nouveau à annoncer vraiment, comme le précisait le directeur de la boîte, Richard Stursberg, mais des précisions à apporter.

Rappelons que depuis 2000, après que les fonds fédéraux dévolus au long métrage eurent doublé, Téléfilm met le cap sur le rendement du cinéma, en offrant des enveloppes d'aide automatique aux producteurs et aux distributeurs ayant enregistré des succès publics. En un autre volet, dit sélectif, des projets sont aussi évalués à la pièce.

«On a alors visé un box-office de 12 % pour le marché francophone et de 4 % pour l'anglophone», explique le directeur de Téléfilm. Ayant presque doublé en trois ans, les recettes au guichet des films francophones ont atteint

19 %, alors que les anglophones ne franchissent pas la barre du 1 %. «Nous finançons deux marchés, l'un qui est mature et en plein essor [le francophone] et l'autre qui va très mal [l'anglo]», a-t-il précisé.

Téléfilm puisait cette année à même ses revenus pour injecter quatre millions de dollars dans le volet sélectif, afin d'équilibrer celui-ci avec les enveloppes à la performance gonflées au Québec grâce aux succès de l'année.

Richard Stursberg a admis qu'il est encore trop tôt pour évaluer la portée des enveloppes automatiques, dites à la performance. De fait, les succès du cinéma québécois reposent sur le mérite de ses artisans.

Pour l'heure, parmi les films en français déjà sortis en salle, seulement trois ont été financés entièrement avec des enveloppes automatiques. Il s'agit des Dangereux de Louis Saia, des Immortels de Paul Thinel et de Je n'aime que toi de Claude Fournier. Trois échecs en salle, qui n'augurent rien de bon pour l'avenir.

Reste à voir ce que vaudront des films comme Monica la mitraille de Pierre Houle, Les Aimants d'Yves Pelletier et Nouvelle-France de Jean Beaudin, également financés à même les seuls fonds automatiques

«Nous voulons renforcer le succès et encourager la diversité», précise le directeur de Téléfilm sans trouver ces deux missions incompatibles.

Aux cinéastes qui s'inquiètent de voir l'institution financer le succès au cinéma sans égard à la qualité, Richard Stursberg répond qu'une réévaluation des programmes sera faite en 2005-06 et qu'une réflexion est déjà entamée. Cela dit, un éventuel coup de barre radical pour éliminer les enveloppes à la performance semble utopique.

Traditionnellement, les proportions d'aide allouées aux productions francophones et anglophones sont d'un tiers, deux tiers en faveur des anglophones, plus nombreux que nous. Aux yeux du directeur de Téléfilm, il serait extrêmement délicat de modifier ces proportions au profit des francophones en prétextant leurs succès. «Cette année, le partage linguistique des ressources sera de 36 % pour le français et de 64 % pour l'anglais», ce qui augmente un peu le ratio. En rajouter dans notre camp serait pénaliser les producteurs canadiens-anglais qui ont besoin d'aide, estime Richard Stursberg, lequel prévoit donner les trois millions de revenus restant dans les coffres de Téléfilm aux anglophones.

Certains gros producteurs québécois demandaient récemment de gérer des enveloppes à la performance sans considération de langue. «Mais tout l'argent irait alors aux francophones», réplique le directeur de Téléfilm en expliquant que les fonds administrés ne sont pas élastiques, comportent leurs limites et que les mêmes producteurs ne peuvent bénéficier de tout au détriment des autres.