Pur divertissement, chiche en merveilles

Mia Wasikowska campe pour une seconde fois Alice, qui replonge au pays des merveilles et retrouve ses colorés habitants.
Photo: Buena Vista Mia Wasikowska campe pour une seconde fois Alice, qui replonge au pays des merveilles et retrouve ses colorés habitants.

Au cinéma, les suites, pour populaires qu’elles soient, sont rarement à la hauteur des opus originaux. Conçues pour rapporter davantage d’argent après un succès de box-office, et on exclut ici les diptyques, trilogies et autres tétralogies, elles naissent généralement de considérations pécuniaires et non artistiques. Sur papier, la superproduction Alice de l’autre côté du miroir, continuation d’Alice au pays des merveilles, film détenteur de recettes de plus d’un milliard de dollars, obéit à ce modèle précis. Or, contre toute attente, ce volet-là s’avère plus réussi que le volet précédent.

Sorti en 2010, Alice au pays des merveilles se révéla une adaptation opulente, tonitruante, et surtout brouillonne du classique littéraire de Lewis Carroll, un roman dont l’influence demeure énorme plus de 150 ans après sa publication. Tim Burton, maître en fantaisie (Edward aux mains d’argent, Ed Wood, Sleepy Hollow), connut là son plus gros triomphe aux guichets, mais sur le plan créatif, ce projet pourtant cousu main ne tint pas ses promesses — à l’instar de longs métrages récents comme Ombres et ténèbres et Les grands yeux. D’où, peut-être, sa décision de ne pas réaliser cette suite, qui s’inspire très librement du roman De l’autre côté du miroir. Que l’on se rassure, Burton n’a pas renoncé à la manne puisqu’il coproduit l’affaire.

Durs retours

Une suite plus réussie, donc, mais pas une oeuvre géniale pour autant. De fait, Alice de l’autre côté du miroir n’est pas sans défauts. Campée environ six mois après les événements extraordinaires qui ont vu Alice (Mia Wasikowska, solide), une jeune fille victorienne pleine d’imagination, plonger dans un monde enchanté peuplé de personnages abracadabrants, l’histoire se déroule cette fois sur le thème du retour.

Partie en mer sur le bateau de feu son père, Alice rentre à Londres où elle trouve sa mère (Lindsay Duncan, émouvante) dans la gêne financière (et à la merci de l’ancien fiancé de sa fille). Autopromue capitaine de navire, Alice pourrait être forcée de devenir secrétaire.

Puis, lorsque tout semble perdu, la voilà qui traverse un miroir qui la ramène au pays des merveilles où, malheur, rien ne va plus : convaincu que sa famille disparue depuis longtemps est toujours vivante, le chapelier (Johnny Depp, très… deppien) n’est plus lui-même. Afin de découvrir si tel est le cas, Alice dérobe au Temps (Sacha Baron Cohen, une gravité sous la drôlerie) un dispositif qui lui permet de retourner dans le passé.

S’ensuit une folle course-poursuite qui est l’occasion de visiter différentes époques du pays des merveilles, avec en coulisses la vile Reine rouge (Helena Bonham Carter, monocorde) qui n’a qu’un mot à la bouche : vengeance !

Mieux ramassé

En toute justice, le réalisateur James Bobin calque, peu ou prou, le style de Tim Burton dans sa mise en scène colorée et alerte. L’ascendant qu’exerce ce second film sur le premier ne tient d’ailleurs pas tant à la facture, quoiqu’elle éblouisse souvent, qu’à l’écriture.

Ainsi le scénario ramasse-t-il mieux son intrigue et les principaux enjeux qui y sont développés, dont plusieurs considérations féministes intergénérationnelles par le biais de la relation conflictuelle entre Alice et sa mère.

Compte tenu de la richesse de la source, de ses maints sous-textes, interprétations et pistes de lecture, l’ensemble demeure cela dit résolument superficiel. Du pur divertissement, bien fait et bien mené, mais chiche au rayon de l’ambition. Et des merveilles.

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Alice de l’autre côté du miroir (V.F. de Alice Through the Looking Glass)

★★★

Fantaisie de James Bobin. Avec Mia Wasikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Sacha Baron Cohen, Anne Hathaway. États-Unis, 2016, 112 minutes.